Après une crise inédite

La filière porcine française remonte doucement la pente


AFP le 06/07/2022 à 09:10
Ecological pigs and piglets at the domestic farm

(©Getty Images)

Après une crise inédite et un plan de sauvetage de 350 millions d'euros, la filière porcine française reprend son souffle, soutenue par une reprise de la consommation, une offre plus étroite en Europe et le retour espéré de la Chine sur le marché.

« Fin mars 2022, la consommation de charcuteries et viande de porc était en hausse de 2,5% sur un an », a déclaré Anne Richard, directrice d’Inaporc, lors d’une conférence de presse tenue mardi à l’issue de l’assemblée générale de la filière. Le plan d’aides inédit de l’Etat a permis d’éviter le « désastre » pour une filière encore « très fragile » : « Après un an de production sous le seuil de rentabilité, encore 10% des 10.000 élevages français sont menacés de disparition », a souligné le président d’Inaporc, Thierry Meyer.

La filière a été prise l’an dernier dans un « redoutable effet ciseau » : d’une part la hausse des coûts de production avec la flambée des aliments pour animaux (céréales, soja), qui représentent 75 % du prix de revient d’un porc. Une hausse des coûts encore aggravée par la guerre en Ukraine, même si les prix des céréales « commencent à baisser », souligne M. Meyer. 

Et d’autre part, la faiblesse du prix du cochon, avec des cours inférieurs de 10 % à ceux de 2021 en Europe, qui produisait trop alors que la demande s’effondrait à l’exportation. Le marché avait souffert du brusque recul de la demande chinoise. « Il y a aujourd’hui moins d’offre et on retrouve une dynamique de prix », a expliqué M. Meyer, estimant qu’il manquait encore « entre 10 et 20 centimes d’euro par kilogramme de porc pour retrouver un équilibre » entre coût de production et prix sur le marché.

La Chine, premier partenaire à l’export

« Tout le monde a été surpris de la vitesse à laquelle la Chine a retrouvé sa capacité de production », après avoir vu ses élevages décimés en 2018 par la fièvre porcine africaine, a-t-il indiqué.

Alors que la fièvre porcine africaine est de retour dans plusieurs pays européens, il a rappelé que l’accord conclu fin 2021 avec Pékin permettrait à la France, même si elle est touchée par cette épizootie, de continuer à exporter depuis les zones non touchées par la maladie.

La Chine, premier producteur, consommateur et importateur de cette viande au monde, est depuis deux ans le premier client de la France, devant l’Italie. « De 2011 à 2021, les exportations françaises de porc vers la Chine sont passées de 60 000 tonnes à 250 000 tonnes par an », avait souligné Chen Li, ministre auprès de l’ambassade de Chine à Paris, lors de l’assemblée générale d’Inaporc, se félicitant de l’accord conclu entre les deux pays et plaidant pour un « approfondissement des échanges », tant le plan commercial que sanitaire et pour l’innovation.

L’exportation vers la Chine est très importante pour la France, car elle permet de mieux valoriser les animaux, en commercialisant des morceaux qui ne sont pas consommés en France, comme les pieds et les oreilles de porcs.

La filière française attend beaucoup d’une reprise de la consommation chinoise, en berne pendant la crise sanitaire et les confinements successifs. La situation est encore critique, avec au premier trimestre 2022 une baisse des exportations européennes de 63 % vers la Chine, « en partie compensée par une hausse des exportations vers le Japon, les Philippines et la Corée du Sud », selon l’Inaporc.

En soutien du secteur, l’Inaporc plaide pour une revalorisation des prix jusqu’au consommateur : « le prix restera acceptable et le porc sera toujours la viande la plus accessible du marché », affirme Mme Richard, estimant en revanche que, sans soutien aux producteurs, la France perdra sa « souveraineté alimentaire » alors qu’elle est aujourd’hui pour le porc « autosuffisante à 106 % ».