Prix en berne et coûts en hausse

Grogne des éleveurs porcins


AFP le 13/11/2018 à 18:36

Les éleveurs de porcs français, pris en tenaille entre la faiblesse des prix auxquels sont achetés leurs produits et la hausse des coûts liés à l'alimentation de leurs élevages, n'ont pas gagné d'argent en 2018, affirment-ils mardi.

« L’inquiétude des éleveurs de porcs est vive sur le terrain. Leurs trésoreries se tendent, impactées par l’effet ciseaux de la hausse de l’aliment face à un cadran qui baisse inexorablement », a indiqué la Fédération nationale porcine (FNP), émanation de la FNSEA, dans un communiqué.

« Sur 2018 », le prix payé aux éleveurs en France « n’a pas couvert le coût de revient ! C’est intenable ! », a insisté la FNP. « La situation s’est dégradée depuis septembre 2017. On a un cours qui s’est dégradé jusqu’à la fin de l’année 2018 et en même temps, on doit faire face à une hausse des coûts de production depuis cet été », a indiqué à l’AFP Mickaël Guilloux, éleveur en Mayenne et secrétaire général de la FNP. « L’indicateur du coût de production a grimpé de dix centimes (pour un kilo de viande, NDLR) et le prix payé n’a pas évolué », selon Mickaël Guilloux. « Depuis le début de l’année, on a eu deux-trois semaines où on a équilibré à peu près nos budgets de trésorerie, c’est-à-dire que le cours couvrait les coûts de production qui ont commencé à remonter fin août-début septembre, mais tout le reste de l’année, les producteurs ont produit à perte », a-t-il ajouté.

Cette hausse des prix des aliments pour le bétail est une conséquence directe de la sécheresse qui a frappé l’Europe et sévèrement affecté les récoltes de céréales, large part de l’alimentation porcine, et notamment de blé, entraînant une très forte remontée des cours des céréales, jusqu’alors déprimés. « Aujourd’hui, on est à 1,17 euro (le kilo) au marché au cadran. Il nous manque au moins 20 centimes pour couvrir les coûts de production », a estimé Mickaël Guilloux.

Cette prise de position intervient alors que les interprofessions sont en pleines négociations des coûts de référence, après le vote de la loi agriculture et alimentation, en amont des prochaines négociations commerciales annuelles. « On est bien loin de la prise en compte du coût de production prônée dans le cadre des États généraux de l’alimentation », a ainsi estimé la FNP. Le constat est amer pour la profession, après « 18 mois de cours satisfaisants, qui ont permis de regonfler un peu les trésoreries et pour certains de faire quelques investissements », a conclu le secrétaire général de la FNP, rappelant que la filière accuse un retard important dans ce domaine, avec parfois des »bâtiments de plus de 30 ans à réaménager, plus adaptés à nos modes d’élevage ».