Filière laitière

Faire perdurer l’élevage et les métiers du lait demain


TNC le 01/06/2021 à 18:00
 (©TNC, Pixabay // Création TNC)

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En cette Journée du lait 2021, la filière laitière s'interroge sur la façon de renforcer son attractivité auprès des jeunes, comme des personnes en reconversion professionnelle, du milieu agricole ou non, afin d'assurer sa pérennité puisque plus de 50 % des éleveurs ont plus de 50 ans. Car des jeunes passionnés et motivés, il y en a et à tous les maillons, de l'amont à l'aval ! Mais la passion ne fait pas tout : pour répondre aux évolutions de ces métiers, il faut travailler sur l'accompagnement et la rémunération.

« Faire vivre », si elle est déjà présente, ou « naître la passion », du ou plutôt des métiers du lait (il en existe plus d’une centaine) chez les jeunes et moins jeunes du milieu agricole et au-delà : tel est bien l’enjeu de la filière laitière pour les années à venir, à tous les maillons, comme l’a résumé le ministre de l’agriculture Julien Denormandie, invité du Cniel ce 1er juin pour la Journée du lait. Même si, il est encore plus prégnant au niveau de la production, plus de la moitié des éleveurs ayant plus de 50 ans.

La passion, moteur de l’attractivité des métiers du lait !

Or l’envie et la motivation, pour travailler dans ce secteur, ne manquent pas comme l’ont montré les porteurs de projet présents ce matin à l’e-conférence « Ensemble construisons une France terre de lait durable : des métiers au contact du vivant ».

« + 50 % d’inflation, + 30 % pour le prix du lait »

Pour autant, « la passion, si elle est le moteur de l’attractivité du métier d’éleveur », ne suffit pas seule à la renforcer », prévient Thierry Roquefeuil, président du Cniel. Que les candidats au métier viennent ou non du monde agricole, beaucoup de défis sont à relever. Le principal étant de rééquilibrer le ratio de deux départs en retraite d’éleveurs laitiers pour une installation, qui signifie que s’il y a bien des porteurs de projet intéressés, ils ne sont pas encore assez nombreux, « un paradoxe vu le taux de chômage en France », souligne le président du Cniel. D’où la nécessité d’améliorer l’attractivité de la production laitière, donc en premier lieu la rémunération des producteurs. « En 50 ans, l’inflation a augmenté de 50 % et le prix du lait de seulement 30 %, insiste Thierry Roquefeuil. Dans les autres secteurs de l’économie, l’inflation est intégrée aux prix. Et force est de constater que les aides ne compensent pas ce différentiel. »

Quelques chiffres sur la filière laitière française
– 24 milliards de litres produits/an
– 54 000 exploitations
– 90 000 chefs d’exploitation (- 3 %/an, contre – 1,3 % tous secteurs agricoles confondus, + de 50 % > 50 ans)
– 17 000 salariés (15 % des actifs)2 000 installations/an (1 pour 2 départs en retraite)

« Créer de la valeur ajoutée collectivement »

« La création, structuration et meilleure répartition de la valeur ajoutée doit se faire collectivement, de l’amont à l’aval, poursuit-il. Un chantier ouvert par la loi Égalim et le plan de filière mais qui n’est pas terminé. » En dépend, « la préservation d’un modèle unique au monde, familial avec des exploitations à taille humaine que l’on a su sauvegarder jusqu’à maintenant, en maintenant la capacité de production à 24 milliards de litres de lait, grâce aux réformes laitières et aux différentes décisions politiques qui ont été prises ».

Ne pas opposer circuits courts et exportation.

Autre spécificité conservée : un tissu d’entreprises de transformation de toute dimension qui, comme les élevages, participent au dynamisme économique et social des territoires « sans opposer les systèmes, les circuits courts et l’exportation entre autres », met en garde Julien Denormandie. « Il ne viendrait pas à l’idée de dire au secteur de l’automobile de se focaliser sur le marché intérieur !  »

Pour revenir au prix du lait, « comment peut-il être rémunérateur s’il continue d’être fixé à partir du marché national et international alors que les critères de production diffèrent entre pays ? », questionne le ministre de l’agriculture. « Il faut aller plus loin, pour réguler le marché sans revenir à une économie administrée comme au temps des quotas, ce afin qu’il ne soit plus dicté par les prix et prenne en compte les coûts de production. La marche en avant, indispensable, n’a pas suffi. Malgré les nombreuses sanctions, la loi Egalim n’est pas respectée par tous les opérateurs. C’est pourquoi un nouveau projet de texte (loi Egalim 2) sera présenté dans quelques jours. »

Accompagner les transitions

Son autre combat du moment : « standardiser les normes sociales et environnementales en Europe dans la nouvelle Pac pour pouvoir se battre à armes égales sur le marché commun. » Au-delà de ces réflexions économiques, l’autre challenge de la filière est d’accompagner les transitions vers l’agro-écologie, pour préserver l’environnement et la biodiversité, lutter contre le changement climatique en continuant la démarche des fermes laitières bas carbone initiée il y a 10 ans et en réformant les dispositifs assurantiels, en progressant encore sur le bien-être animal. Des évolutions qui exigent des investissements.

Pour investir, il faut un revenir stabilisé.

Or, « pour investir, il faut un revenu stabilisé », pointe Julien Denormandie. Un point crucial dès l’installation, « l’agriculture et a fortiori l’élevage étant le seul secteur où les capitaux engagés sont si lourds ». « La problématique de l’attractivité concerne aussi le consommateur, qui doit défendre notre modèle d’élevage laitier », conclut Thierry Roquefeuil, autant que les éleveurs cherchent à répondre à ses attentes.

« La gestion de la main-d’œuvre est déterminante »

Ces objectifs économiques, sociaux, environnementaux, et autour du bien-être animal font d’ailleurs partie de la démarche France Terre de lait de l’interprofession, qui intègre aussi des aspects d’organisation et de condition de travail, et de qualité et sécurité des produits, importants pour rendre le métier attractif. « Le visage des exploitations laitières va nécessairement se transformer, avec une plus grande diversité de structures et des organisations du travail plus complexes, davantage basée sur le collectif, complète François Purseigle, sociologue des mondes agricoles. La gestion de la main-d’oeuvre, en termes de ressource comme d’organisation, sera déterminante. »

Le repreneur doit pouvoir marcher dans ses propres pas, pas ceux du cédant…

Autres facteurs à prendre en compte : l’intégration de nouveaux métiers (méthanisation par exemple), qui peut conduire à une multispécialisation (et à la création de plusieurs sociétés : pour l’activité transformation ou métha par exemple), ou la délégation d’activités. Enfin, les carrières se raccourcissent, avec une entrée plus tardive dans le métier et parfois une sortie plus précoce. Le tout, pour le sociologue est de permettre à son successeur de faire sa place et de laisser s’exprimer sa créativité pour « marcher dans ses propres pas et pas ceux du cédants, sur les plans capitalistiques, organisationnels, de création de valuer. »