Label Prim'herbe

Engraisser des jeunes bovins légers pour la filière de Carrefour


TNC le 26/10/2021 à 10:06
L'engraissement de jeunes bovins sous le label Prim'herbe est techniquement réalisable à condition de bien suivre les poids de la naissance à la fin d'engraissement. (©Ferme expérimentale des Bordes)

L'engraissement de jeunes bovins sous le label Prim'herbe est techniquement réalisable à condition de bien suivre les poids de la naissance à la fin d'engraissement. (©Ferme expérimentale des Bordes)

Engraisser des génisses ou bœufs légers pour le label Prim'herbe de Carrefour : Arvalis l'a testé sur la ferme expérimentale des Bordes dans l'Indre et les conclusions sont plutôt encourageantes.

« Le label Prim’herbe peut être une piste pour les éleveurs naisseurs. Plutôt que de vendre des laitonnes maigres, il s’agira de les engraisser sans trop modifier le système d’exploitation », affirme Antoine Buteau, ingénieur fourrages Arvalis-Institut du végétal. 

Initié en 2020 par Carrefour, la filière bœuf Prim’herbe consiste à produire des génisses ou bœufs de race à viande ou croisés entre 14 et 17 mois pour un poids compris entre 270 et 330 kg de carcasse (290-350 kg à partir du 1er janvier 2022). L’alimentation se compose de :

– 35 % MS minimum d’herbe dans la ration (herbe ou luzerne, méteil, sorgho) ;

– aliments 100 % français et non OGM ;

– 10 % MS maximum d’aliments composés ;

– une supplémentation en vitamine E et sélénium ;

– une finition de 4 mois minimum.

La production est contractualisée avec une rémunération garantie et tout un volet bien-être animal (via l’audit Boviwell) et respect de l’environnement (via le Cap2ER).

Démarrer avec de belles génisses dès le sevrage

La ferme expérimentale des Bordes (36), l’a testé sur 2020-2021 avec 54 génisses (25 Limousines, 25 Charolaises et 4 croisées). La ration se composant d’enrubannage de RGI et de céréales. « Pour engraisser 10 génisses, les besoins sont de 8,7 t MS d’herbe (soit 2,5 ha), 7,9 t de blé (soit 1,2 ha) et 1,8 t de tourteau de colza », explique Antoine Buteau.

« Le GMQ à l’engraissement a été d’environ 1 200 g/j, pour 202 jours d’engraissement côté Limousines et 213 jours pour les Charolaises. C’est donc possible mais il faut quand même démarrer avec des belles génisses au sevrage, sinon ça risque d’être compliqué. Ici on était sur un GMQ naissance-sevrage de 940 pour les Limousines et 1000 pour les Charolaises. »

Un même essai a été conduit sur la ferme de Saint-Hilaire-en-Woëvre (55) en génisses Charolaises avec une ration basée sur l’enrubannage et l’ensilage de maïs, soit une densité énergétique de ration plus basse. Le GMQ est ici de 1 000 g/j sur 211 jours d’engraissement. Pour autant, les performances à l’abattage restent similaires. Là encore, le GMQ naissance-sevrage est très bon : 1 030 g/j.

Une densité énergétique suffisante

« L’itinéraire technique doit être très bon pour atteindre les objectifs. Le GMQ naissance-sevrage doit être au minimum de 900 g/j et il faudra viser un GMQ d’engraissement de 1 200 g/j. » Pour cela, la densité énergétique de la ration devra être ≥ 0,85 UFV/kg MS et la densité protéique ≥ 95 g PDI/UFV en ration base maïs ensilage + herbe ou ≥ 90 g PDI/UFV en ration base herbe + céréales.

Antoine Buteau présente 4 exemples de rations équilibrées à 26 % d’amidon et 20 % de cellulose brute :

Exemples de rations répondant au cahier des charges de l’engraissement Prim’herbe pour Carrefour. (©Arvalis institut du végétal)

« Le cahier des charges demande une certaine planification et régularité de sortie. On peut alors se retrouver avec une variabilité des rendements carcasse. Sur l’étude, on a eu 7 % d’animaux qui se sont retrouvés hors cahier des charges. »

Entre 40 et 80 € de marge par génisse

Si le cahier des charges est techniquement réalisable, quid de la valorisation économique ? L’approvisionnement en aliments 100 % français peut être un frein. Voici ce qu’a simulé la ferme des Bordes :

Produit/charges (€/génisse) Limousines Charolaises
Produit vente gras (4,45 €/kg carcasse) 1 387 1 378
Prix d’achat maigre
(2,5 €/kg Charolaise et 2,68 €/kg Limousine)
832 798
Coût alimentaire total
(conjoncture moyenne 2013-2021 :
enr. RGI : 114 €/t MS, paille : 90 €/t brute, blé ; 183 €/t brute, t. colza : 267 €/t brute, minéraux : 450 €/t brute)
281 335
Coûts annexes 158 163
Marge par animal 116 82

« On est sur des marges non négligeables. Même avec la conjoncture actuelle, on est entre 40 et 80 € de marge par génisse, ce qui reste correct. Après, le résultat varie aussi en fonction du prix des laitonnes. »

Résultats en fonction des conjonctures de coûts des concentrés :

Sous la conjoncture actuelle, on reste sur des marges de l’ordre de 40 à 80 €/génisse. (©Arvalis institut du végétal)

Sous la conjoncture actuelle, on reste sur des marges de l’ordre de 40 à 80 €/génisse. (©Arvalis institut du végétal)- Prix minimum (2015-2016) : blé à 165 €/t et tourteau de colza à 253 €/t
– Prix moyen (2013-2021) : blé à 183 €/t et tourteau de colza à 267 €/t
– Prix maximum (2020-2021) : blé à 217 €/t et tourteau de colza à 308 €/t