Alimentation

Des pistes concrètes pour améliorer l’autonomie protéique des élevages laitiers


TNC le 20/05/2021 à 06:03
Le programme Cap protéines devrait prochainement donner plus de pistes aux éleveurs pour améliorer leur autonomie alimentaire. (©TNC)

Le programme Cap protéines devrait prochainement donner plus de pistes aux éleveurs pour améliorer leur autonomie alimentaire. (©TNC)

Si depuis quelques années, face aux sécheresses récurrentes, l'accent est mis sur l'autonomie fourragère, l'autonomie protéique reste un enjeu fort, notamment pour la filière laitière. Focus sur les pistes à envisager et les travaux en cours pour être plus efficient demain.

« Aujourd’hui, nous avons besoin de solutions pour produire une protéine française compétitive et sociétalement acceptable », citait Christophe Miault, agriculteur et membre du bureau de la coopération laitière, à l’occasion du webinaire Grand angle lait organisé par l’Institut de l’élevage.

Après avoir travaillé sur le projet Deffilait, Amélie Fischer de l’Idele tort le cou à 4 idées reçues sur l’efficience alimentaire des vaches laitières :

– « Les vaches efficientes sont celles qui produisent le plus » : faux ! L’efficience compare les ressources utilisées aux productions réalisées. En d’autres termes, on peut avoir des vaches efficientes qui produisent peu ou beaucoup, tout dépend de ce qu’elles consomment.

– « Les vaches sont déjà très efficientes aujourd’hui, il ne reste plus beaucoup de variabilité pour l’améliorer » : vrai, mais il reste suffisamment de variabilité (notamment via l’héritabilité) pour continuer à améliorer l’efficience alimentaire.

– « Certaines vaches sont plus efficientes car elles digèrent mieux la ration » : vrai. Elles ont une digestion plus aboutie que la ration (mais attention, les résultats peuvent varier d’une ration à une autre et selon la race).

– « Une vache plus efficiente émet forcément moins de méthane car elle mange moins » : faux ! Il n’y a pas de lien établi. En revanche, les vaches efficientes émettent plus de méthane par kg de ration consommée (mais là encore, ça dépend de la ration).

Améliorer l’efficience alimentaire du troupeau

L’experte cite alors quelques points d’amélioration de l’efficience alimentaire :

à l’échelle de l’animal :

Il y a des perspectives via la sélection génétique mais l’efficience reste modérément héritable. En revanche, c’est sur l’alimentation qu’il faut jouer via la précision. « Certaines vaches sont moins efficientes car elles consomment plus de concentrés que les autres pour produire autant de lait. Les essais que nous avons conduit ont montré qu’en diminuant la quantité d’aliment de ces vaches les moins efficientes, on parvenait à maintenir leur production [moins de gaspillage finalement, NDLR]. En revanche aujourd’hui, nous ne sommes pas capables à l’échelle d’un troupeau d’identifier les vaches selon leur efficience. Mais cela pourrait bien arriver à l’avenir. »

à l’échelle du troupeau :

C’est à ce niveau que les leviers sont le plus facilement actionnables. Cela passe par la réduction de l’âge au premier vêlage et la réduction des pertes en termes d’animaux et d’aliments.

Le saviez-vous ? Les animaux ont une meilleure efficience protéique que l’Homme

À la conquête de l’autonomie protéique en France

Si la consommation de tourteau de soja importé diminue depuis quelques temps, la flambée des prix, à plus de 400 €/t en ce début d’année, devrait accélérer le mouvement vers l’autonomie.

L’Idele a participé à une étude sur l’autonomie protéique de l’élevage français et européen. « Nous avons retenu 2 axes pour y parvenir : diminuer la part de maïs des rations (pour réduire la consommation de tourteau), ou augmenter les surfaces en soja et protéagineux (pour produire plus de protéines locales) » , explique Benoit Rouillé de l’Idele.

Dans le premier cas, si l’ont veut réduire de 50 % le maïs dans la ration des vaches laitières (ce qui permettrait de réduire d’1,6 million de tonnes la consommation de soja), il faudra réimplanter 1 million d’hectares de prairies à légumineuses en face.

Pour la deuxième possibilité (la voie soja), il faudrait multiplier par 4 la surface en soja et par 3 celle en pois et féverole. Cela permettrait de remplacer 2,1 millions de tonnes importées. Il faudra par ailleurs organiser la filière.

Terres Inovia et l’Institut de l’élevage ont récemment lancé Cap protéines, un programme de deux ans financé dans le cadre du plan de relance avec un objectif clair : assurer la souveraineté protéique. À l’intérieur : un volet dédié au développement de l’autonomie protéique des élevages ruminants.