Les prés-vergers

Combiner pâturage et production de fruits : un système aux multiples atouts


TNC le 09/12/2019 à 11:14
Jeunes bovins, adultes et ovins peuvent tout à fait pâturer des vergers, à condition de respecter certaines règles. (©Osaé)

Jeunes bovins, adultes et ovins peuvent tout à fait pâturer des vergers, à condition de respecter certaines règles. (©Osaé)

Le pré-verger est une forme d'agroforesterie. À la différence des vergers classiques, on y implante des arbres à haute tige à une densité inférieure. Il combine production de fruits et de lait ou de viande grâce à l'herbe pâturée. Une pratique ancestrale mais productive à remettre au goût du jour.

Faire d’une pierre deux coups en produisant des fruits et de l’herbe pour le troupeau sur une même parcelle, c’est possible grâce au pré-verger. Cette pratique ancestrale a connu son apogée entre 1930 et 1950 où on comptait entre 500 000 et 600 000 ha en France. Aujourd’hui, il en reste 100 000 ha, notamment en Normandie, Lorraine, Alsace et dans les Pays de la Loire.

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Valorisation des fruits, de l’herbe et des coproduits

Le pré-verger est constitué d’arbres fruitiers à haute tige (tronc de plus d’1,6 m) avec une densité inférieure à 100 arbres/ha. Il s’agit en général de pommiers, poiriers mais également de mirabelliers et cerisiers.

Cette combinaison présente de nombreux avantages mais il faut toutefois prendre en compte certains paramètres avant de se lancer :

– il s’agit d’une culture pérenne (les arbres plantés ne seront productifs que 10 à 12 ans après leur implantation et ce pour les 50 à 150 ans à venir, en fonction de l’espèce)

– la productivité fruitière sera un peu moins importante qu’un verger spécialisé (7 t/ha/an environ pour des pommiers contre 20 à 30 t/ha/an en basse tige)

– il faudra aussi poser ses objectifs (surface, valorisation des fruits, contraintes, investissements, charges, besoin en main d’œuvre, etc.)

En revanche, les prés-vergers présentent une meilleure efficacité agronomique qu’un système classique : économie d’énergie (pas de mécanisation, pas d’intrants), diminution de la pression des ravageurs pour les arbres, pas d’apport organique grâce aux déjections… De plus, le calcul du rendement équivalent prouve bien que leur productivité est supérieur de 6 à 20 % à celle des mêmes productions séparées (verger + prairie à part), sans tenir compte de la production de bois. Selon la valorisation des fruits, les drèches issues du pressage pourront être consommées par le troupeau.

Patrice Giard est agriculteur à Montreuille en Auge (Calvados). Il possède 30 ha de prés-vergers en pommiers que pâturent ses 200 UGB durant la période estivale. Il témoigne : « L’interaction est intéressante : les animaux mangent les pommes véreuses lorsqu’elles tombent, ce qui casse le cycle de reproduction du vers et limite ainsi la pression pour le verger. À l’inverse, l’ombre des pommiers est bénéfique pour les animaux et pour la pousse de l’herbe. » Il note un rendement en pommes de 10 t/ha contre 7 t MS/ha d’herbe. Il se souvient aussi : « Au début, c’est le lait qui finançait l’activité cidricole. Aujourd’hui, c’est le cidre qui finance la modernisation de l’activité laitière. »

Les fruits sont en effet une source de revenu supplémentaire pour l’exploitation. D’après certaines études, la vente en vrac procure un revenu horaire de 2 à 5 €, contre 15 à 40 € en transformation et vente en circuit court (varie selon le produit élaboré).

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Cliquez sur l’image pour lancer le témoignage de Patrice Giard (14) possédant 30 ha prés-vergers :

Réussir l’implantation et le pâturage en routine ensuite

L’implantation des arbres se fera dans une zone aérée (pour éviter les champignons) mais abritée du vent tout en étant ensoleillée. Il faut éviter les zones à eau stagnante et faire attention au gel. La conduite sera également plus facile sur une parcelle plane. Un espace suffisant devra séparer les arbres entre eux.

Espacement entre les arbres fruitiers pour un pré-verger (©Osaé)

En ce qui concerne le pâturage, il faudra bien entendu protéger les arbres jusqu’à ce qu’ils soient suffisamment capables de résister au troupeau (20 ans pour un pommier ou poirier). Cela passe par un petit enclos en bois ou un corset métallique (le plus utilisé, durable mais plus onéreux).

Le pâturage doit être stoppé 2 à 3 semaines avant la chute des fruits et ce jusqu’à la fin de la récolte (cela représente environ 2 mois sans pâturage pour des pommiers). L’idéal étant de regrouper les variétés par parcelle pour arriver à une même date de récolte.

Un certain chargement sera à respecter : 0,4 à 0,15 UGB/ha/an ; cela sera d’ailleurs plus facile à gérer en découpant les parcelles (0,3 à 0,5 ha). Attention à l’humidité et au piétinement des animaux qui peuvent porter préjudice aux arbres (déchaussement ou asphyxie racinaire).

Attention également à la compatibilité entre l’animal et l’espèce fruitière en fonction de l’âge des arbres et de la densité de plantation :

Espèces d’animaux compatibles avec le pré-verger (©Osaé)

Retrouvez tous les conseils pour la mise en place d’un pré-verger sur la plateforme Osez l’agroécologie Osaé