En allaitant

Chez A. Charrier (49), « le génotypage est un investissement rentable »


TNC le 04/06/2021 à 06:03

Antoine Charrier : « Romania, c’est la meilleure femelle de mon troupeau, je l’ai obtenue grâce au génotypage de la mère, qui m’a permis, en connaissant ses caractères génétiques, de choisir le meilleur taureau »

Antoine Charrier : « Romania, c’est la meilleure femelle de mon troupeau, je l’ai obtenue grâce au génotypage de la mère, qui m’a permis, en connaissant ses caractères génétiques, de choisir le meilleur taureau »

Les éleveurs de vaches allaitantes doivent-ils génotyper aussi leurs génisses ? Économiquement, le choix n’est pas forcément toujours pertinent, mais certains y trouvent largement leur compte, comme Antoine Charrier par exemple, à l’est du Maine-et-Loire, qui génotype tous ses animaux.

Au Gaec du Quarteron, à La Pommeraye (Mauges-sur-Loire), cela fait 50 ans que l’on élève des Charolais, et 50 ans que l’on est sélectionneur. Antoine Charrier, installé en 1985, est en 100 % insémination artificielle depuis 30 ans. Aujourd’hui, il génotype tous ses animaux. Pour les mâles, le calcul est vite fait : 70 % d’entre eux partent en reproducteurs (une quinzaine par an). Ses clients veulent savoir ce qu’ils achètent, « certains réservant l’animal sur génotypage uniquement ».

Les femelles, il les génotype toutes un mois après la naissance ; il élimine les 5 à 7 moins bonnes et garde les 15 meilleures. « Comme on fait du vêlage à 2 ans, c’est important de savoir dès le départ si une vache va bien vêler ou pas. »

Objectif : assurer le vêlage en allaitant.

Le génotypage lui permet de choisir le taureau le plus adapté : « Si la génisse a de bonnes facultés à vêler, je peux mettre un mâle avec une bonne morphologie, explicite l’éleveur. Si la génisse a un Avel moyen, je lui mets un taureau à vêlage facile. » Connaître les index de production (Iboval), « c’est très important ! », insiste Antoine Charrier. « La facilité de naissance, l’aptitude au vêlage ou l’aptitude à l’allaitement, ce sont des choses que l’on ne voit pas à l’œil nu. »

Marion Daguené, experte en génétique bovine à Seenovia, constate qu’« assurer le 1er vêlage, c’est une priorité pour les éleveurs ». Avec ceux qu’elle accompagne, elle utilise la génomique sur les génisses pour sécuriser l’avenir du troupeau en ajustant au mieux les accouplements.

« Un investissement rentable »

Chez Antoine Charrier, un génotypage de génisse, c’est 43 €. « Les prix ont baissé parce que cela a commencé à se généraliser un peu. » Pour lui, c’est un investissement rentable.

Connaitre la valeur laitière de la mère, c’est très important.

« Quel que soit le taux de renouvellement, connaître la valeur laitière de la mère ou les qualités maternelles de façon générale, c’est très important » , argumente-t-il. « Si la vache n’arrive pas à élever son veau, cela finit par coûter cher pour une valorisation en broutard : le veau au sevrage pèsera moins lourd si la mère n’a pas de lait. Et le lait c’est moins cher que le concentré ». Le  génotypage l’aide donc à trier ses animaux dès la naissance, pour éviter d’élever des UGB inutiles.

Gênes d’intérêt et anomalies génétiques

Il y a un autre intérêt à génotyper ses génisses, détecter les gênes d’intérêt : le sans corne, le culard ou le variant MH beef (dérivé du gêne culard, qui ramène de la viande sans les inconvénients). Détecter les anomalies génétiques présente aussi un intérêt, pour l’éleveur et pour l’ensemble de la race. En Charolais, cela concerne notamment l’ataxie (maladie qui paralyse les postérieurs) et le blind (perte de la vision). En Rouge des prés, on piste le gène tourneur, en Blond d’Aquitaine, c’est l’axonopathie. « Ces maladies peuvent avoir des conséquences économiques énormes, appuie Marion Daguené. Mais à partir du moment où l’on achète un mâle non porteur, l’anomalie ne sera pas transmise. »

Pour autant, la pertinence économique de ce choix reste discutable. C’est sans doute pour cette raison que le génotypage de génisses reste très peu pratiqué. En race limousine, il est possible de génotyper ses génisses même si elles ne sont pas au contrôle de performance. C’est en revanche impossible en race charolaise.

43 €/génisse, faire génotyper tout un lot a un coût.

« Faire génotyper un lot important de génisses représente une somme non négligeable, et le progrès génétique ne permet pas forcément de combler cet investissement », constate Marion Daguené. Ce choix doit être lié au taux de renouvellement, estime l’experte. Pour un éleveur qui fait vingt vêlages par an, donc dix génisses, le génotypage permettra de déceler parmi les six ou sept de milieu de gamme celle qui a du potentiel, ce que l’œil de l’éleveur n’aurait pu identifier. S’il a un fort taux de renouvellement, il peut la garder.

« Choisir en fonction de ses objectifs d’éleveur »

À 45 km de chez Antoine Charrier, Vincent Gaborit, éleveur Charolais lui aussi ne génotype que quelques-uns de ses mâles (« à la demande de mes acheteurs ») et aucune de ses femelles. « Avec un CD à 0,20, l’index lait est tellement peu fiable que ça ne vaut pas le coup, si on a 80 % de chances de se tromper ! » Concernant le développement musculaire et squelettique, « ce sont des critères héritables, donc on n’a pas besoin de génotyper, estime Vincent Gaborit. Sur la croissance, l’œil de l’éleveur peut suffire, en connaissant les parents du veau. »

Le choix de génotyper ses génisses doit dépendre des objectifs que se fixe l’éleveur. « C’est un investissement qui se réfléchit selon ce qu’il veut faire, insiste Marion Daguené : identification des gênes d’intérêt, fiabilité génétique des génisses ou accélération du progrès génétique. Pour quelqu’un qui démarre dans la génétique, le retour sur investissement sera plus important par exemple. »