Reportage

Au Gaec l’Abbaye (35), près de la moitié des vaches laitières sont en location


TNC le 18/09/2020 à 06:02
« On loue la ferme, les terres, pourquoi pas les vaches ? » Ainsi, Hubert Morin (35) loue 30 vaches prim'holsteins à la société Gestel. (©TNC)

« On loue la ferme, les terres, pourquoi pas les vaches ? » Ainsi, Hubert Morin (35) loue 30 vaches prim'holsteins à la société Gestel. (©TNC)

Pour agrandir son troupeau, le reconstituer après un problème sanitaire ou garder des capacités financières pour d’autres projets, la location de vaches laitières est une solution à explorer. C’est celle retenue par Marie-Hélène et Hubert Morin, producteurs de lait en Ille-et-Vilaine qui ont fait appel à la société Gestel.

Sur les 70 vaches qu’élèvent Marie-Hélène et Hubert Morin, en Gaec à Saint-Sulpice la Forêt (35), les 30 Holsteins ne leur appartiennent pas. Si comme la quarantaine de Brunes et de croisées, elles contribuent à remplir le tank, ces 30 vaches, elles, appartiennent à la société Gestel qui les loue aux éleveurs.

En 2009, la néosporose est détectée dans le troupeau des Morin. Bilan : 25 vaches contaminées sont à réformer en urgence pour assainir le cheptel. « Nous ne pouvions pas attendre que nos propres génisses entrent en production. Économiquement, il nous fallait maintenir la production laitière, se souviennent les éleveurs. Comme on avait encore pas mal de prêts en cours, c’était délicat de réemprunter. »

Connaissant Gestel par un collègue qui avait recours à la location de cheptel, Marie-Hélène et Hubert se renseignent. « Après tout, on loue la ferme, les terres, pourquoi pas les vaches », estiment les éleveurs qui décident de louer 30 vaches, rassurés par les garanties sanitaires.

Les choses se font rapidement : les démarches débutent au printemps, le contrat est signé en juin et les génisses choisies sur pied. « Le choix se fait soit au centre d’allotement d’Avranches, soit chez leurs éleveurs naisseurs. Pour limiter le stress dû au transport, on favorise la proximité », souligne Nicolas Martin, le technicien qui suit l’élevage de Marie-Hélène et Hubert.

Les 30 génisses amouillantes arrivent en septembre. « On était un peu stressés d’avoir autant de vêlages, alors on a installé notre caravane à 20 mètres du box de vêlage pour les surveiller la nuit », s’amusent Marie-Hélène et Hubert. Tout s’est bien passé et les génisses ont fait leurs preuves dans le troupeau. Au fil des années, elles ont été réformées, certaines de leurs filles ont pris la relève. « On tient à jour un inventaire précis pour indiquer quelles bêtes appartiennent à Gestel », précise Hubert.

Si on loue un tracteur, pourquoi pas des vaches

« Aux États-Unis ou au Canada, le système de location de cheptel existe depuis longtemps, explique Benoit Bebin, responsable de région. Créé 1972, Gestel a gardé ce concept de location mais en l’adaptant à notre agriculture. » Ainsi, le cheptel n’est pas détenu par des fonds de pension mais par des investisseurs privés, qui possèdent 30 000 vaches, élevées par 950 à 1 000 éleveurs.

Louer des génisses prêtes à vêler permet d’agrandir rapidement son troupeau, ou de le reconstituer suite à un accident sanitaire. C’est aussi un moyen de préparer la transmission de son exploitation. « Le cédant transmettra un bail plutôt que de vendre le cheptel, ce qui limitera l’endettement du jeune », explique Benoît Bebin. Enfin, Gestel peut également racheter des vaches qui seront laissées en location sur l’exploitation « afin d’apporter une capacité financière pour d’autres projets ».

Hubert Morin conduit de la même façon toutes ses génisses. Même pour celles qui seront reprises par Gestel, il choisit le taureau. « Je fais surtout attention à la facilité de naissance comme ce sont des génisses ». (©TNC)

De fortes exigences sanitaires

Gestel propose des génisses laitières de race pure. Le contrat de location court sur 10 ans puis est renouvelable chaque année. La société assure un suivi technique, qui revient à 47 €/génisse/an. Ainsi, Nicolas Martin vient quatre fois par an faire un point avec les éleveurs sur la croissance des génisses.

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Avant de mettre des vaches en location, Gestel étudie bien sûr la situation comptable de l’exploitation mais aussi son niveau sanitaire, afin de s’assurer que les génisses qui repartiront vers d’autres élevages soient saines. Le vétérinaire référent est consulté et l’élevage doit être adhérent au GDS. L’exigence sanitaire sera maximale pour les génisses mises en location. « Quand je suis allé les choisir, j’ai demandé leur statut pour la BVD, la paratuberculose et la néosporose », se souvient Hubert Morin.

Les animaux en contrat doivent être assurés. « On a perdu des génisses d’une réaction anaphylactique, partagent Hubert et Marie-Hélène Morin. Comme elles étaient assurées, ça nous a permis de les remplacer sans trop de dommage économique. »

Si les produits, lait, veaux et réforme, sont à l’éleveur, il doit payer l’équivalent de 10 % du cheptel loué sous forme de génisses amouillantes, avec un différé de deux à trois ans pour le premier loyer. « Pour mes 30 vaches, je dois chaque année 3 génisses prêtes à vêler à Gestel », chiffre Hubert Morin. Si l’éleveur souhaite garder ses animaux ou si Gestel ne souhaite pas les reprendre, suite, par exemple, à un problème sanitaire, la location reviendra à 1 400 euros par génisse due, soit pour 10 vaches louées.

Alors qu’ils commencent à penser à la transmission de leur exploitation, Marie-Hélène et Hubert Morin trouvent que la location du troupeau est un atout supplémentaire pour intéresser un futur repreneur et faciliter ses investissements.

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