Des vaches à 25 000 kg de lait

À quoi ressembleront les troupeaux laitiers dans 50 ans ?


TNC le 23/04/2019 à 05:54
Afin de nourrir une population qui ne cesse de grossir, impossible de multiplier les vaches laitières par deux. Il faudra plutôt augmenter la production par vache. (©TNC)

Afin de nourrir une population qui ne cesse de grossir, impossible de multiplier les vaches laitières par deux. Il faudra plutôt augmenter la production par vache. (©TNC)

Scientifique et expert du milieu agricole, l'américain Jack Britt explique qu'un gros chantier attend le secteur laitier pour subvenir aux besoins d'une population en croissance. S'il ne sera pas possible de doubler le nombre de vaches laitières dans le monde pour nourrir les 10 milliards de personnes en 2050, il faudra travailler la productivité par vache. Selon l'expert, atteindre les 25 000 kg de lait par vache est possible, à condition d'y mettre les moyens.

Le Dr Jack Britt est un véritable homme d’élevage. Cet américain est né sur l’exploitation laitière de ses parents dans le Kentucky aux États-Unis. Il a alors connu la 1ère salle de traite avec quai de traite en 1953, dans lequel passaient 18 vaches à l’heure, « un système moderne pour l’époque ! » Avec un impressionnant parcours scientifique autour de l’agriculture et de la biologie, il est intervenu en tant qu’expert à l’occasion de la journée grands troupeaux du 11 avril dernier organisée par Boumatic pour répondre à la question « À quoi ressembleront les exploitations et les vaches laitières dans 50 ans ? »

Une population croissante à nourrir en quantité et qualité

« La population mondiale devrait atteindre les 10 milliards de personnes d’ici 2050. 96 % de la croissance devrait se faire en Asie et en Afrique. Pour satisfaire cette demande, il faudrait doubler le cheptel mondial actuel », explique Jack Britt. « En revanche, cette option n’est pas envisageable car elle ne serait pas durable. C’est dans les pays émergents qu’un gros travail est à mener. En effet, alors que l’Asie possède le plus grand cheptel laitier du monde (50,9 millions de têtes), près de 90 % de ces vaches ne produisent pas plus de 500 kg de lait par an. C’est dans ces pays qu’il faudra surtout augmenter la production par vache. »

Un prix du lait toujours aussi volatil et calé sur la qualité nutritionnelle du produit.

« Concernant le prix du lait, il devrait rester volatil. Aux États-Unis, on constate des écarts de 70 % entre le prix le plus bas de 2009 et celui le plus haut de 2014. Les exploitations devront apprendre à être plus résilientes face à cette volatilité des marchés. » Pour le spécialiste, la paie de lait pourrait aussi varier en fonction de la qualité nutritionnelle du produit : « Dans de nombreux pays déjà, les formules de calcul du prix tendent à changer. À titre d’exemple, il pourrait y avoir une prime sur la caséine pour le rendement fromager, ou encore sur la teneur en acides gras. On demandera aux éleveurs de produire un lait de qualité qui se vendra plus cher. Ils doivent alors anticiper ces changements dans la sélection génétique de leurs animaux. »

Un changement climatique favorable à la production laitière

« Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ces pays émergents qui produisent à l’heure actuelle peu de lait émettent plus de gaz à effet de serre que les pays gros producteurs (quantité de lait par vache). 1/7 du volume des émissions est produit par l’Afrique. » L’expert confirme : « Cette situation n’est pas durable. »

Le changement climatique est en marche. On le sait, il aura des conséquences bénéfiques sur la production de fourrages dans certains secteurs. « Les saisons de croissance des fourrages seront plus longues, il y aura plus de potentiel pour les cultures et pour l’élevage. » D’après les prévisions météorologiques, la zone la plus favorable inclut des pays où la population est moins dense, comme le Canada. « J’invite d’ores et déjà les éleveurs américains à investir dans des terres canadiennes, c’est là qu’il leur faudra produire du lait. Les entreprises du para-agricole doivent quant à elles se préparer et s’implanter dans ces secteurs. »

Des bâtiments adaptés, de l’irrigation et des semences inoculées pour faire face au changement climatique.Concernant la hausse des températures, Jack Britt préconise : « Il faudra travailler sur les systèmes de ventilation des bâtiments pour maintenir les vaches au frais. L’irrigation permettra également d’améliorer les rendements en culture tout en utilisant moins de produits chimiques. Il y a également un gros travail à faire sur l’inoculation des semences pour améliorer l’utilisation des nutriments dans le sol et ainsi faire progresser les rendements. »

Des vaches à 25 000 kg de lait dans 50 ans : oui mais à certaines conditions

Aux États-Unis, 30 % des élevages laitiers comptent plus de 25 000 têtes. Pour le scientifique, « il faut considérer le troupeau comme un super-organisme et non plus travailler par individu. Pour cela, on s’appuie sur de nombreux capteurs d’information. Que ce soit dans la mamelle des vaches, dans les bâtiments, dans les champs ou dans les silos, l’intelligence artificielle se doit d’être au service de l’élevage. À titre d’exemple, des distributeurs automatiques de lait et d’aliments pour veaux sont actuellement expérimentés pour sevrer automatiquement les animaux en fonction de leur poids. Ce sont ces technologies-là qui accompagneront les éleveurs de demain. »

D’ici 50 ans, les vaches produiront 25 000 kg de lait en moyenne grâce au progrès génétique.« La vache du futur sera d’une race artificiellement créée par l’Homme. Elle aura des gènes issus de différentes races afin de combiner santé, production, empreinte environnementale, etc. D’ici 50 ans, les vaches produiront 25 000 kg de lait en moyenne grâce à ce progrès génétique. On aura alors des lignées en fonction des régions du globe (froide, tempérée, sèche ou encore tropicale) et certaines races seront délocalisées pour être en phase avec le climat. » Pour Jack Britt, « la résilience génétique deviendra un nouveau critère de sélection. Il s’agit de la capacité d’une vache à se remettre d’un stimuli, d’une perturbation. Reste encore à définir ces facteurs génétiques de résilience ! »

Il ne faut cependant pas oublier la demande des consommateurs : « Dans quelques grands troupeaux américains, les éleveurs ont installé des récupérateurs d’eaux usées. Ils la traitent et la réutilisent pour le nettoyage ou même l’abreuvement des animaux. C’est une tendance qui devrait émerger dans les années à venir. De même, au niveau de la santé des animaux, l’utilisation de microbes thérapeutiques devrait faire chuter la consommation des antibiotiques, ce qui répond pleinement aux demandes actuelles. »