Gaec du Champ Carrat (71)

« Nous avons opté pour un séchoir en bottes, moins onéreux qu’en vrac »


TNC le 26/06/2020 à 06:03
Céline et Lionel Rathier ont investi 56 000 € dans un séchoir de foin en bottes afin de maximiser la qualité de leur fourrage. (©Céline Rathier)

Céline et Lionel Rathier ont investi 56 000 € dans un séchoir de foin en bottes afin de maximiser la qualité de leur fourrage. (©Céline Rathier)

Producteurs de lait à Comté à Cuiseaux en Saône-et-Loire (71), Céline et Lionel Rathier misent sur l'herbe pour assurer leur production laitière. Afin de maximiser la qualité du foin, ils ont opté pour un séchoir en bottes. Moins cher à l'achat qu'un séchoir en grange et en vrac, il leur permet de faucher plus tôt et moins sec. Explications par les éleveurs eux-mêmes.

En Saône-et-Loire (71), Céline et Lionel Rathier élèvent 70 vaches laitières de races montbéliarde et simmental pour produire 360 000 litres de lait/an transformé en Comté. Avec 210 ha de SAU, le couple cultivait auparavant une part de céréales, ils ont récemment fait le choix de passer en tout herbe avec 3 ha seulement de betteraves fourragères. Pour la partie en herbe, 110 ha sont destinés au foin et 90 ha au pâturage, la plupart en prairie naturelle. Et pour mettre encore plus d’atouts dans sa production de fourrage, le Gaec a récemment investi dans un séchoir de foin.

Séchoir en bottes VS séchage en vrac

« Nous avons opté pour un séchoir en bottes, moins onéreux qu’un séchoir de foin en vrac, explique Lionel Rathier. Plusieurs arguments nous ont convaincus. D’abord la distribution : c’est plus facile pour nous de dérouler des bottes que de distribuer du vrac. En plus, il aurait fallu investir dans une griffe et une autochargeuse. Là, nous avons placé le dispositif sous un auvent de bâtiment qui était déjà présent, ce qui a fortement limité les investissements. »

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Comment ça fonctionne ? « On sèche 30 bottes en même temps. Il y a 15 places et on empile les bottes par deux. Elles sont posées sur des palettes et on place un genre de cercle entre deux bottes empilées pour faire passer l’air. Un gros ventilateur souffle l’air ambiant par le dessus, à hauteur de 3 500 m3/heure. Dès que l’humidité de l’air dépasse les 45 % (notamment la nuit), la chaudière se met en route pour souffler de l’air plus sec et chaud (jusqu’à 60°) qui se mélange à l’air ambiant. On gagne alors 3 à 4°C. »

Les éleveurs peuvent sécher 30 ballots de foin en même temps. A 25 % d’humidité, le fourrage met 18 h en moyenne pour descendre à 14 %. (©Céline Rathier)

C’est en voyant un système fait-maison chez un voisin puis en se rendant sur plusieurs salons agricoles que le couple s’est décidé pour le séchoir en bottes de la marque Lasco. Côté coût, cela représente 56 000 € pour le ventilateur et la chaudière. « On a vu plein de systèmes différents, dont un de marque italienne qui envoyait de l’air par le haut mais aussi par le bas. Le temps de séchage était bien plus rapide mais il fallait compter 120 000 € pour un modèle à 24 bottes, c’était bien trop cher ! » Les éleveurs, qui viennent déjà de terminer la rénovation de leur stabulation afin de passer en logettes creuses sable + paille, ont préféré limiter les investissements. « Le passage en logettes nous a déjà coûté 190 000 €. On ne peut pas tout faire », le dit bien Lionel.

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260 bottes de foin séchées en 15 jours de temps

Le séchoir est tout récent, la mise en route s’est faite le 19 mai. Et les éleveurs ont déjà séché 260 bottes en 15 jours de temps. « On y a placé un fourrage à 25 % d’humidité. Il en est sorti à 14 % après 18 h de séchage », raconte l’éleveur. Et au total, le couple sort environ 800 bottes de 350 kg chaque année avec un diamètre qui varie entre 120 et 150 cm.

Pour la chaufferie, ils ont opté pour une chaudière à plaquettes de bois. « Par rapport au fioul, c’est certes un peu plus long à chauffer mais ça coûte moins cher à l’utilisation. Pour commencer, nous les avons achetées, à 20 €/m3, et il nous a fallu 30 m3 pour sécher les 260 bottes. L’objectif ensuite est d’autoproduire ces plaquettes, car nous avons notamment beaucoup de haies à entretenir dans nos prairies. »

Lorsque l’humidité de l’air dépasse les 45 %, la chaudière à copeaux de bois se met en route pour réchauffer l’air soufflé dans les bottes. (©Céline Rathier)

Faire du foin en petite quantité mais souvent

Au Gaec du Champ Carrat, l’objectif est de faucher tôt (dès avril) et de récolter des petites quantités mais régulièrement. « Le climat change, il faut savoir s’adapter, notamment en fauchant plus tôt pour maximiser les valeurs. Avec le système, on peut ramasser 5 ha par jour. Reste à croiser les doigts pour que la météo suive… »

« J’ai testé deux possibilités dans la récolte de l’herbe : faner 2 fois avant de le laisser 4 jours au sol, ou intervenir 4 fois puis le laisser 6 jours. Dans la deuxième option, l’analyse de fourrage révélait qu’on perdait 30 points d’azote et la même chose en énergie (sans parler du calcium qui diminue lui aussi). L’idéal avec le séchoir est de faire un seul fanage puis d »andainer. » Lionel songe par ailleurs à acheter un retourneur d’andains.

Quid de la taille des bottes de foin pour le séchoir ? « On ne peut pas sécher plus de 380 kg de fourrage par place dans le séchoir. On se limite donc à 320-350 kg par balle, à 35 % d’humidité maximum. D’ailleurs, le système est aussi applicable pour des formes carrées, seules les gaines de ventilation changent », explique l’éleveur.

Grâce au séchoir, Céline et Lionel vont pouvoir faire leur foin plus tôt en saison. (©Céline Rathier)

Mais pour lui, plus que le poids, c’est le serrage des ballots qui importe le plus. Disposant d’une presse Krone à chambre variable, l’éleveur a diminué la pression de ses balles et augmenté la taille du noyau mou en passant de 75 à 90. « Il ne faut pas trop serrer les bottes pour faciliter le séchage. De cette façon, lorsqu’on passe la main sous la palette qui se trouve sous la 2e botte dans le séchoir, on sent l’air, preuve qu’il traverse bien les 2 bottes de fourrage. »

Même si l’installation est récente, Lionel est très satisfait de l’outil, « son nouveau jouet », comme s’amuse son épouse Céline. Tous deux espèrent alors une meilleure qualité fourragère pour leurs vaches. « On est en filière Comté depuis 2006 et nous n’avons jamais réussi à faire un foin d’aussi bonne qualité, d’où notre faible production. Ça plus le nouveau bâtiment, on espère bien faire plus de lait. » Ils ont d’ailleurs de quoi faire puisqu’ils disposent d’un droit à produire de 650 tonnes de lait. « On espère déjà atteindre les 420 tonnes. Nous ne sommes que deux. L’objectif n’est pas de faire plus de vaches pour se donner plus de travail. Autant optimiser ce qui est présent. » Et pour le foin en surplus, il sera vendu ou échangé contre de la paille.