Anthrax dans les Hautes-Alpes

« Les conditions climatiques » en cause selon l’Anses


AFP le 31/08/2018 à 11:24

« Les conditions climatiques » sont le seul facteur commun entre les 23 foyers identifiés de fièvre charbonneuse dans les Hautes-Alpes, selon une étude épidémiologique réalisée fin juillet par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses).

Depuis le premier cas relevé le 28 juin à Montgardin, le sud du département est confronté à la plus importante épidémie animale de maladie du charbon (ou anthrax) observée en France depuis près de 20 ans. Le dernier bilan officiel fait état de 23 foyers sur 13 communes et 54 bêtes mortes, en majorité des bovins. Les autorités sanitaires recensent 54 personnes sous traitement antibiotique préventif mais aucun malade.

« Le seul facteur commun entre les foyers identifiés réside dans les conditions climatiques très favorables à la remontée de spores de Bacillus anthracis », bactérie responsable de la fièvre charbonneuse qui survit pendant de nombreuses années dans les terres où ont été enterrés par le passé des animaux morts du charbon ou porteur de la maladie, estime l’Anses.

Les premières conclusions de son rapport commandé par le ministère de l’agriculture et attendu pour la première quinzaine de septembre ont été publiées sur la plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale (Plateforme ESA). « Cet épisode s’inscrit dans un schéma classique de réapparition de l’infection. Aucun autre facteur commun n’a été mis en évidence susceptible d’expliquer l’ensemble des foyers », ajoutent les experts chargés de déterminer l’origine de cette maladie transmissible à l’homme et potentiellement mortelle dans ses formes les plus rares.

Selon l’épidémiologiste Didier Calavas, coordinateur de la Plateforme ESA, un « enchaînement » de sécheresse prolongée et de fortes pluies depuis l’été 2017 a favorisé la remontée des spores responsables de la maladie, qui ont contaminé l’herbe transformant les sols en « champs maudits », comme ils sont surnommés.

Un deuxième mode de contamination a également été observé. « La distribution d’herbe fauchée durant l’été 2018 et donnée à des animaux qui était cette fois-ci dans les bâtiments, sans accès aux pâturages », a ajouté l’épidémiologiste. La topographie des lieux et la distance entre les foyers amène à penser qu’il « ne peut pas y avoir un point géographique unique à l’origine de l’ensemble des foyers observés », a estimé Didier Calavas.

Deux plaintes contre X ont été déposées la semaine dernière par la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) et les Jeunes agriculteurs (JA) des Hautes-Alpes, selon le parquet de Gap. Le monde agricole soupçonne d’importants travaux concernant une ligne haute tension du Réseau de transport d’électricité (RTE) et souhaite « connaître la vérité » sur la résurgence de la maladie. « Des travaux ont été réalisés par RTE sur des parcelles dites infectées. Les premiers cas de bêtes mortes sont survenus en dessous des pylônes », a assuré Sandrine Hauser, secrétaire générale de la FDSEA 05. « Le parquet recherche si les faits dénoncés sont susceptibles de caractériser les infractions pénales avant de poursuivre les investigations dans le cadre d’une éventuelle enquête préliminaire », a indiqué le procureur de la République de Gap, Raphaël Balland.