Pêche illégale

A Marseille, la guerre contre les braconniers des mers


Pêche et aquaculture le 22/02/2018 à 12:25

Jumelles vissées sur les yeux, arme à la ceinture, Mathieu Imbert, garde-moniteur du Parc national des Calanques, scrute la mer depuis un Zodiac. Sa mission : repérer d'éventuels braconniers dans ces zones protégées.

Près d’un îlot, Le Petit Congloué, un homme en combinaison de plongée, muni d’un harpon, mouille son embarcation. « C’est la police de l’environnement, c’est pour effectuer un contrôle », lance Mathieu Imbert, faisant porte-voix avec ses mains pour percer le mistral qui souffle ce jour-là au large de l’archipel de Riou. Un saint-pierre de 2,5 kilos frétille encore dans une glacière sur le bateau du pêcheur. Il a été pêché en toute légalité, à la lisière de la zone de non-prélèvement du Parc national des Calanques, créé en 2012, de Marseille à La Ciotat.

Ces zones de non-prélèvement s’étendent sur 4 634 hectares sur les 43 500 hectares du cœur marin du parc. Une partie des eaux est donc complètement interdite à la pêche et des quotas ont été instaurés pour le reste. Depuis 2012, les gardes – qui sont 19 aujourd’hui, et devraient prochainement être 21 – font la chasse aux braconniers.

« Ils se méfient de tout navire, ils sortent par gros temps, ils ont des planques sur les bateaux. Parfois, ils peuvent laisser le produit de la pêche ou des moyens prohibés au fond de l’eau pour venir les récupérer plus tard, donc c’est vraiment un système quasi-professionnalisé », affirme Samuel Clerici, responsable de la police de l’environnement du parc. « Dans certains cas, il suffit d’être vu, c’est de la dissuasion, et dans d’autres cas, il faut être discret ».

Les petits bateaux des gardes sont indétectables par les GPS, et dans certains cas, ils peuvent même mener des opérations en civil. En 2017, après deux ans d’enquête, tout un réseau de pêcheurs sous-marins s’est pris dans la nasse des enquêteurs, garde-moniteurs et gendarmes, sous l’autorité du parquet de Marseille. Leur butin : des dizaines de milliers d’oursins, de coquillages, et près de 400 kilos de poulpes, de dorades, de loups, mais aussi des espèces protégées comme le mérou ou le corb, qui étaient revendus sous le manteau à des restaurateurs marseillais. En tout, quatre braconniers auraient accumulé un butin de près de 160 000 euros en deux ans.

« Ça a été traité comme un dossier de stupéfiants », affirme Sébastien Mabile, avocat du Parc national, avec quatre mois d’écoutes téléphoniques, des filatures et enquêtes sur le terrain confirmant l’existence de transactions en nature et en espèces. « Du jamais vu pour une affaire de ce type », dit-il.

Le parc compte se constituer partie civile avec plusieurs associations de défense de l’environnement, lors du procès devant le tribunal correctionnel de Marseille qui aura lieu le 4 juillet. Les quatre chasseurs sous-marins encourent 22 500 euros d’amende pour pêche illicite, ainsi que des dommages et intérêts. Le parc réclame un préjudice écologique et compte prendre des mesures pour reconstituer les stocks de poissons. Les restaurateurs et les poissonniers qui rachetaient ces prises ont dû payer des amendes et suivre un stage de sensibilisation.

La pêche dans cette zone peut aussi avoir des conséquences sanitaires pour le consommateur, car les eaux usées de la station d’épuration de Marseille s’y déversent, et avec elles certains polluants.