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Dossier : Récoltes 2020

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Cultures dérobées

Semer un maïs derrière de l'orge en vue de l'ensiler à l'automne


TNC le 25/06/2020 à 06:04
Derrière de l'orge, il est possible de semer un maïs en dérobé pour apporter un fourrage d'appoint mais toutes les conditions doivent être réunies, au risque de ne pas récolter grand chose... (©TNC)

Derrière de l'orge, il est possible de semer un maïs en dérobé pour apporter un fourrage d'appoint mais toutes les conditions doivent être réunies, au risque de ne pas récolter grand chose... (©TNC)

Semer un maïs en dérobé pour pallier un manque de fourrage : faut-il l'envisager ? Si le maïs peut être irrigué, pas de problème. Dans les autres situations, le bilan peut être plus mitigé.

Avec des sécheresses à répétition et les déficits fourragers qui se font déjà ressentir par endroits, les éleveurs cherchent des alternatives. La double culture de maïs derrière un orge peut en être une, tout dépend du système.

Semer le maïs juste après la moisson d’orge

Pour réussir sa culture de maïs en dérobé, le semis doit se faire le plus tôt possible : aussitôt la parcelle moissonnée. Il peut être très simplifié, sans labour et avec un travail réduit, surtout si les pailles sont exportées. L’objectif : capter la fraîcheur du sol, favorable à la germination. L’idéal est d’y mettre un engrais starter pour assurer le tout. Enfin, un désherbage pourra ensuite s’avérer nécessaire pour détruire les repousses d’orge.

Quant aux conditions climatiques, pas de secret : le maïs a besoin d’eau pour se développer. Une limite qui sera vite dépassée dans les terres irriguées mais qui peut s’avérer très dommageable dans d’autres secteurs sans irrigation.

Laurent Loncle, chef produit maïs pour Advanta (groupe Limagrain) avertit les éleveurs : « Cette culture est très aléatoire car après de l’orge, on n’est plus dans la période optimale de pousse pour le maïs. Bien-sûr, on peut parvenir à faire 10 à 11 t MS/ha avec les bonnes variétés, un semis précoce et de l’irrigation, mais on restera à 28 % de MS à la récolte. Pour de la méthanisation, ça peut passer mais pour l’alimentation des bovins, ça peut être compliqué à gérer, d’autant plus que le taux d’amidon reste limité. »

Pour ceux qui souhaitent tout de même mettre en place la culture, l’expert donne les conseils pratiques suivants : semer tôt en travaillant le moins possible le sol et avec un écartement réduit, apporter un engrais, irriguer pour faire lever le plus rapidement possible, et viser 28 % de MS à la récolte et non pas 32 pour récolter avant les gelées.

Des maïs très précoces

L’an dernier, l’entreprise Laboulet semences menait des essais dans la Somme sur la double culture. Avec la sécheresse estivale, le constat est amer : bien que déjà très précoces, les indices 110 qui ont été semés au nord-ouest du département ont beaucoup souffert du manque d’eau. « Les semis ont été faits trop tardivement pour la zone, ce qui a retardé la levée et tout pénalisé ensuite (pas ou peu d’épis, peu de matière) », témoigne Patrice Laboulet, directeur général de la société.

Il ne se démoralise pas pour autant. Pour lui, « il y a un réel intérêt à faire de la double culture. Il faut seulement savoir adapter la précocité à la zone et à la date de semis. Plus on avance dans les dates, plus il faudra choisir des indices précoces. » Selon ses dires, « dans le secteur testé l’an dernier, il faut du plus précoce encore : du 100 voire 90. »

L’entreprise y travaille. « De nombreux pays de l’Europe du nord, la Russie, la Chine et le Canada sont demandeurs de ces maïs qui s’adaptent à leurs terres froides et leurs conditions climatiques extrêmes. Il leur faut des cycles de croissance très courts. Nous sommes actuellement en train de déposer des brevets pour des variétés de maïs fourrage à deux chiffres seulement d’indice de précocité FAO, pour ces pays-là notamment. En France, les premiers essais débuteront en 2021 mais je suis convaincu que ces maïs trouveront leur intérêt chez les éleveurs », affirme Patrice Laboulet.

À lire aussi : À quel moment peut-on fermer le silo de maïs ?

La double culture : un pari risqué qui peut coûter cher ?

Arvalis-Institut du végétal a mené trois années d’essai sur la double culture orge/maïs. Bien que cet essai se concentre sur le maïs grain, les experts constatent un rendement très variable en fonction des années. Et côté rentabilité, le bilan n’est pas bon. Les ingénieurs d’Arvalis recensent les performances des deux systèmes dans le tableau ci-dessous :

Performances technico-économiques de la double culture orge/maïs comparées au système de référence (indicateurs calculés avec l’outil Systerre) (©Arvalis institut du végétal)

N.B. : Simulations sur une exploitation de 63 ha, 1 UTH avec les hypothèses suivantes (moyenne sur 3 ans) : aides découplées : 270 €/ha ; fermage : 199 €/ha ; charges diverses : 145 €/ha ; rémunération main d’œuvre familiale : 247 €/ha.

Retrouvez plus d’informations sur l’étude complète d’Arvalis : Produire deux cultures en un an avec la succession orge/maïs