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Dossier : Réforme de la PAC

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En Provence

« Visio-dégustations » ou « drive-in » pour contrer la chute des ventes de vin


AFP le 05/05/2020 à 13:35

À 18h30, les cinq amies sont au rendez-vous, chacune un verre à la main devant son ordinateur, pour partager un apéro et un cours d'œnologie virtuel : à l'origine de cette « visio-dégustation », une viticultrice des Bouches-du-Rhône, qui veut contrer la chute des ventes due au confinement.

Avec ses amies, trois Marseillaises et une Parisienne, « nous avions l’habitude de nous retrouver une à deux fois par semaine pour l’apéro », raconte Laura, kinésithérapeute à Marseille. Elles ont passé une commande collective au château Barbebelle qui leur a livré directement le vin. L’apéro-dégustation leur « permet de patienter jusqu’aux retrouvailles ».

Bien qu’étant autorisés à rester ouverts, en respectant les mesures de sécurité et à l’exception de l’organisation de dégustations, caves et caveaux viticoles affrontent une nette chute des ventes de vin depuis les débuts du confinement, mi-mars.

« Les ventes ont chuté de 30 % en mars en France et de 50 % en avril », se désole Madeleine Premmereur, gérante du château Barbebelle, spécialisé à 80 % dans le rosé, et qui travaille beaucoup avec les restaurants, fermés depuis le 17 mars, et dont la réouverture n’est toujours pas prévue.

« J’ai décidé de m’immiscer dans leurs visio-apéros, les gens en sont friands, c’est convivial, ils ont l’impression d’en savoir plus après la visio-dégustation », ajoute Madeleine Premmereur, derrière ces « visio-dégustations ».

« Vous avez vos bouteilles, j’espère que le rosé est bien frais ? », demande-t-elle à ses invitées avant de leur expliquer les différents cépages, et de détailler le procédé de vinification en barriques de chêne, puis la mise en bouteille et la commercialisation.

« Pour le rosé, la demande est au rosé clair, obtenu en pressant à froid des raisins très frais », vendangés de nuit, note Madeleine. « On en vend beaucoup aux restaurants mais pas en ce moment, heureusement que vous êtes là ».

Les ventes se poursuivent aussi par l’intermédiaire des cavistes et grâce au site internet. Au château de Cabran, près de Puget-sur-Argens (Var), Renaud de Saint-Seine, qui réalise 80 % de son chiffre d’affaires avec les cavistes et les particuliers, compte lui aussi sur la vente par internet et directe après avoir subi « un gros ralenti » en avril.

Promotions sur les frais de port

« Nous sommes ouverts au public, mais peu de gens viennent », regrette-t-il. Depuis le début du confinement, les efforts se portent sur la livraison. « On a drastiquement baissé le seuil à partir duquel les livraisons se font en France (…) et à la cave, nous proposons des livraisons à domicile ou des formules de « drive in » ». Autre trouvaille : des commerçants ouverts qui acceptent d’être dépositaires de ses vins.

Des viticulteurs du Vaucluse ont eux aussi opté pour le « drive in » après commande par téléphone ou internet, comme au domaine de la Tourade, dans le Gigondas après la suspension des activités œnologiques.

Les Côtes du Rhône sont aussi frappés par une baisse des ventes après la fermeture des hôtels, des restaurants ou même des boutiques « car il n’y vient personne », témoigne Michel Blanc, directeur du développement de la maisons de vignerons, à Gigondas.

Restent les boutiques en ligne qui font des promotions sur les frais de port en France ou à l’étranger. « On perd de l’argent mais on essaye de limiter la casse », décrit-il.

Spécialisés dans le rouge, les domaines des Côtes du Rhône restent toutefois moins inquiets que leurs congénères plus au sud qui produisent en particulier du rosé, un vin plus saisonnier. « Ce n’est pas une denrée périssable, on peut le vendre dans six mois, la difficulté c’est la trésorerie », analyse M. Blanc.

Le président du syndicat des crus Châteauneuf-du-pape, Serge Gradassi, partage cet optimisme pour les crus de rouge classés. Pour résoudre les problèmes de trésoreries, les viticulteurs tablent sur des « prêts garantis par l’Etat, un report des cotisations » et négocient avec le gouvernement une exonération de charges.

Le piège serait un effondrement des cours du vin. « Il faut maintenir les cours et ne pas lâcher le prix… dire aux vignerons de ne pas vendre à n’importe quel prix », soutient M. Gradassi.

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