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Dossier : Covid-19 : les conséquences pour le monde agricole

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Conjoncture laitière européenne

Vers une crise « bien plus longue et profonde que les deux précédentes »


TNC le 12/05/2020 à 08:44
Après une hausse de 1,4 % au premier trimestre, la collecte européenne devrait progresser de 1 % au second trimestre par rapport à 2019. (©TNC)

Après une hausse de 1,4 % au premier trimestre, la collecte européenne devrait progresser de 1 % au second trimestre par rapport à 2019. (©TNC)

Si aucun pays européen ne semble épargné par la baisse du prix du lait, les stratégies adoptées pour faire face à la crise diffèrent selon les situations. Si certains demandent aux éleveurs de lever le pied sur la production, d'autres n'en voient pas la nécessité. Certains pays tentent de relancer la filière à coup de campagne de promotion, tandis que d'autres appellent au patriotisme.

 Si la France connaît une petite accalmie, avec l’arrêt de la baisse des cours du beurre et de la poudre, elle pourrait être de courte durée selon l’Idele, compte tenu des « situations économiques dégradées de nombreux pays importateurs de produits laitiers dans le monde ».

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En Europe, la production de lait devrait rester soutenue au cours du printemps et être nettement supérieure à la demande, avec une évolution positive dans ¾ des pays membres. La croissance devrait tout de même être plus modérée qu’au cours du premier trimestre, avec une hausse de 1 % anticipée pour le second semestre comparé à 2019. Mais « les volumes supplémentaires accentueront le déséquilibre entre l’offre et la demande amorcé depuis le confinement ».

La collecte européenne reste « trop dynamique », selon l’Idele. (©Idele)

« Les filières laitières demeurent confrontées à d’importants bouleversements des débouchés sur le marché communautaire et au ralentissement de la demande sur les pays tiers, même si les expéditions reprennent vers la Chine. »

Le point par pays

  • Royaume-Uni

La collecte a nettement diminué en avril, « notamment pour cause de non collecte ». Un million de litres aurait fini à la fosse, et un autre million aurait été « collecté et détruit après écrémage, faute de pouvoir être séché et transformé en poudre maigre ».

Certaines entreprises laitières demandent aux éleveurs de lever le pied et, alors que la crise laitière s’aggrave, « la filière a demandé au gouvernement de mettre en œuvre un programme national volontaire de réduction de la production, entièrement financé et géré par l’État ». Comme dans d’autres pays, les prix fléchissent, avec des baisses décidées par certaines laiteries dès la fin mars.

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  • Allemagne 

Les livraisons de lait ont ralenti depuis la fin du mois de mars. « Non seulement, les mesures visant à limiter la propagation du Coronavirus impactent la production, mais le pays connaît en outre des conditions météorologiques très sèches et même un début de sécheresse dans certains Länder. » Par ailleurs, la saisonnalité y est beaucoup plus faible qu’en France, avec une variation de seulement 10 % entre le pic de collecte et le creux.

Si le prix du lait à la production est resté stable lors du premier trimestre, « il devrait fléchir plus rapidement qu’en France au second trimestre ». Quelques transformateurs et associations d’OP fortement impactés par l’arrêt quasi-total de la restauration hors domicile ont appelé à diminuer les livraisons. Mais « l’impact s’annonce limité tant que les coopératives du Nord n’envoient pas de message de modération ».

  • Danemark

La collecte est stable, et Arla, une coopérative internationale basée au Danemark et qui est la plus grande productrice de produits laitiers de Scandinavie, privilégie à présent la création de valeur à la croissance des volumes. Elle ne limite pas formellement ses sociétaires mais a tout de même annoncé une baisse de 10 € pour le mois de mai, à 340 €/1 000 l.

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  • Pays-Bas

Le cheptel s’est stabilisé et le prix était « bien orienté » à l’hiver, ce qui a redynamisé la production laitière au premier trimestre. La tendance devrait se poursuivre au printemps. Pour autant, le prix du lait baisse, comme celui du beurre, des protéines et du lactosérum. Mais aucune consigne n’a été donnée pour ralentir la production, à l’exception de quelques petites coopératives.

FrieslandCampina, une des plus grandes coopératives du pays, affiche un prix du lait au plus bas niveau depuis 2016 et pourtant, elle ne demande toujours pas à ses sociétaires de ralentir les livraisons. La coopérative Eko Holland, qui collecte et transforme du lait biologique, a, quant à elle, « demandé à ses 180 éleveurs de réduire leur livraisons de 10 à 20 % pour éviter une baisse des prix ».

  • Italie

« La situation reste particulièrement tendue avec des prix à la production en net repli ». Depuis l’automne, les filières fromagères AOP souffraient d’ailleurs déjà de difficultés à l’export. Avec la crise sanitaire, la situation s’est dégradée. Exemple avec le prix du Parmiggiano-Reggiano 12 mois à Milan, qui est retombé au plus bas depuis juillet 2016 (8,21 €/kg sur avril).

En plus de l’aide au stockage privé, de nombreuses régions font leur possible pour soutenir la filière, notamment « la Lombardie qui soutient une campagne de communication sur les fromages AOP (« Je mange lombard ») à hauteur de 3 M€ ».

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  • Irlande

Après une croissance au premier semestre, conséquence d’un cheptel étoffé et d’un prix du lait stimulant, « la collecte devrait atteindre un nouveau sommet au pic de lactation (mai et juin) d’autant plus si les conditions climatiques sont propices à la production herbagère ». Une situation inquiétant les transformateurs, qui risquent « de ne pas pouvoir absorber l’afflux de lait au pic faute de personnel et de capacité de transformation suffisante ».

  • Pologne

Comme pour l’Irlande, la production laitière polonaise a été en hausse cet hiver, favorisée par un bon prix. Il devrait toutefois diminuer ce printemps, dans le sillage des cours des commodités laitières. Le gouvernement du pays a d’ailleurs « publié la liste de 12 entreprises qui importent du lait de République Tchèque, d’Allemagne, de Slovaquie et de Lituanie, précisant que ces achats limitent les ventes des agriculteurs polonais et a appelé au patriotisme économique ».

Face aux difficultés que connaissent ces pays, « la Commission européenne a réactivé l’aide au stockage privé pour encourager les laiteries à stocker et ainsi limiter l’effondrement des cours ». Le problème, c’est que les volumes en jeu sont limités.

« En dehors de la France et de l’Italie, peu de transformateurs laitiers incitent leurs livreurs à la modération. Sans dispositif communautaire fort d’incitation à la réduction volontaire des livraisons, l’UE s’achemine vers une crise laitière qui pourrait être bien plus longue et profonde que les deux précédentes. »

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