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Dossier : Covid-19 : les conséquences pour le monde agricole

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Confinement

En Camargue, les manades « mettront une décennie » à se remettre


AFP le 17/04/2020 à 18:18

Les manadiers, éleveurs de taureaux et chevaux en Camargue qui gèrent des entreprises agricoles, touristiques et culturelles quasiment à l'arrêt en raison du confinement, « mettront au moins une décennie à se remettre de la crise », avertit Florent Lupi, président de leur fédération.

Entre mars et mai 2020, la perte d’activités est déjà estimée à 3,3 millions d’euros, indique la fédération des manadiers, qui rassemble 116 exploitations. « Nous avons perdu 95 % de notre chiffre d’affaires depuis le début du confinement », assure M. Lupi lors d’une interview à l’AFP. Les éleveurs, principalement établis dans les zones humides du pourtour élargi de Camargue, dans le Sud-Est de la France, subissent déjà de plein fouet l’annulation de tous les événements culturels impliquant du public que ce soient les corridas ou les courses camarguaises, ces spectacles taurins traditionnels de la région où le taureau n’est pas tué, mais aussi des fêtes traditionnelles provençales où ont lieu des défilés de chevaux.

Des annulations qui ont des conséquences en cascade, puisqu’ « il faut continuer à nourrir et soigner des bêtes qui ne vont pas aux corridas ». À Arles, Jean-Baptiste Jalabert, directeur des arènes, évoque « une saison blanche ». « Si par miracle on avait l’autorisation pour rouvrir après le 15 juillet, est-ce que le public suivrait ? », s’interroge-t-il, « car ouvrir de grosses arènes comme celles d’Arles coûte très cher ». L’ex-torero, qui est aussi éleveur, espère encore sauver la corrida goyesque de septembre, qui chaque année réunit jusqu’à 12 000 personnes dans l’amphithéâtre romain, « et peut-être, avec l’accord de la ville, l’agrandir d’un jour ou deux supplémentaires ».

Au-delà des pertes sèches dues aux annulations festives, M. Lupi souligne quant à lui que les manades, qui se sont diversifiées en proposant des services de gîte et de restauration, sont aussi impactées sur ces aspects-là, qui représentent en moyenne 31 % de leurs recettes.De nombreux touristes du monde entier viennent chaque année visiter la Camargue et voir ses flamants roses, profitant de séjourner sur des manades pour faire des balades sur les chevaux blancs de cette région. « La seule chose qui nous reste c’est la vente directe de viande. Et encore, l’abattoir de Tarascon (Bouches-du-Rhône) est saturé donc on ne peut pas en vendre autant qu’on voudrait », déplore-t-il.

Les éleveurs peuvent notamment écouler leurs stocks via un « drive » de produits camarguais qui a vu le jour à Arles le 11 avril, proposant notamment de la viande AOP taureau de Camargue. La fédération des manadiers demande « une réponse forte de l’État et des acteurs des territoires » comme « un gel immédiat des charges de structure, et non un report », et un fond d’aide d’urgence pour les charges d’exploitations d’immenses propriétés à l’entretien coûteux. « Nous avons de grandes craintes pour l’avenir », assure M. Lupi, rappelant que les manades « irriguent l’économie de deux régions (Occitanie et Provence Alpes Côte d’Azur) à hauteur de 40 millions d’euros ». « Vous imaginez la Camargue sans manade ? », s’inquiète-t-il.

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