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Dossier : Covid-19 : les conséquences pour le monde agricole

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[Décryptage] Impacts du coronavirus

Ce qui fait bondir la volatilité des prix du blé, de l'orge, du maïs et du colza


TNC le 31/03/2020 à 06:05
Depuis la crise du coronavirus, la volatilité a pleinement fait son retour sur les marchés des grains. (©Pixabay / Création : TNC)

Depuis la crise du coronavirus, la volatilité a pleinement fait son retour sur les marchés des grains. (©Pixabay / Création : TNC)

Selon Arthur Portier, analyste chez Agritel, le coronavirus a fait exploser la volatilité des matières premières agricoles. Hausse de la compétitivité du blé russe, achats de précaution, chute de la consommation de bière et donc d'orge, tensions sur les tourteaux, consommation d'éthanol américain réduite... : les conséquences sur le blé, le maïs, le colza ou l'orge sont multiples.

Arthur Portier plante le décor : « qui dit impacts sur les marchés, dit automatiquement impacts sur nos exploitations ». Effectivement, « depuis le premier cas de coronavirus détecté hors de Chine, il y a un maître mot concernant l’évolution du prix des matières première agricoles : la volatilité. » Elle a explosé depuis le début de la pandémie : « 25 € de variation pour le blé au cours des deux derniers mois et 80 € pour le colza ». Mais l’amplitude journalière moyenne est également très forte, de l’ordre de 5 € la tonne, aussi bien pour le blé que pour le colza. « À l’heure actuelle, c’est très compliqué d’y voir clair. On ne sait pas si les mesures de confinement vont durer, on ne sait pas sur quel pied danser ».

Une chose est sûre : le coronavirus a contribué à l’effondrement du pétrole et a entraîné de « lourdes conséquences sur les marchés agricoles ».

Blé : une possible baisse de la demande à moyen terme, mais une panique acheteuse pour le moment

Au début de la crise provoquée par le coronavirus, le ralentissement de l’économie mondiale a fait émerger des craintes sur une possible baisse la demande en blé dans le monde, et les cours ont d’abord commencé par chuter. Des pays importateurs tels que l’Égypte, l’Arabie Saoudite, l’Algérie, ou encore l’Indonésie, « produisent du pétrole, qu’ils revendent ensuite pour récupérer des dollars avec lesquels ils achètent du blé. » Les inquiétudes augmentent sur « la capacité de ces pays à maintenir leurs achats dans les prochains mois. » Par manque de dollars, ils pourraient diminuer leurs achats de blé.

Mais depuis plusieurs jours, les cours du blé ont regagné en fermeté. « Tandis que les Français dévalisent les rayons, les industriels et les meuniers, les grands pays importateurs renforcent leurs achats de précaution pour se constituer eux aussi des réserves ». La logistique tient le coup pour le moment, mais « il y a des craintes sur un confinement total qui bloquerait l’acheminement des marchandises vers les usines. »

Par ailleurs, la Chine sort progressivement de sa léthargie et revient aux achats. Récemment, « le pays a acheté plusieurs bateaux de blé, de maïs et de sorgho en provenance des États-Unis, mais également du blé français. » Au cours de la campagne, ce sont près de 1,5 Mt de blé français qui devraient être exportées vers la Chine : « énorme, par rapport à ce qu’on fait habituellement. »

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Autre conséquence du coronavirus : la hausse de la compétitivité du blé mer Noire. « L’économie russe repose en grande partie sur le pétrole (à 25 %), et le fait que son prix se soit effondré a mis à mal l’économie du pays, provoquant une dévaluation du rouble. Alors automatiquement, la Russie gagne en compétitivité sur la scène internationale », ce qui pourrait être préjudiciable aux exportations françaises. Mais l’affaiblissement du rouble ayant fait bondir les prix du blé en Russie, le gouvernement planche sur une limitation des exports pour encadrer les prix et assurer la souveraineté alimentaire du pays.

Orge brassicole : le confinement a fait baisser la consommation de bière

Bien que la consommation de bière à domicile soit importante, « c’est lors des évènements sportifs et des concerts, ou encore dans les pubs, que la consommation de bière est la plus forte. » Mais la fermeture des bars et restaurants dans bon nombre de pays ainsi que le report d’évènements sportifs a fait chuter drastiquement la consommation, sans report envisageable. « Si on ne consomme pas une bière aujourd’hui, ce n’est pas pour autant qu’on en consommera deux demain ! »

Face à cette chute de consommation, les brasseurs ont diminué leur production, ce qui a mécaniquement réduit les besoins en malt et donc en orge brassicole, conduisant à « une orge de printemps qui peine à suivre la petite panique haussière actuelle. »

D’autant plus que « les conditions de semis en hiver ont été très délicates, ce qui a mené à une augmentation des surfaces d’orge de printemps, surtout dans l’Europe de l’ouest », et la production est attendue en hausse. S’ajoute à cela le Brexit qui va prendre effet fin décembre et qui risque de « bouleverser les équilibres des différents marchés. Les Anglais voudront vendre un maximum d’orge brassicole sur le début de campagne de la récolte 2020 », quitte à rogner les prix. « Entre une baisse de la consommation et une hausse de l’offre, un vrai déséquilibre est en train de se créer. »

Maïs : sous la menace de l’éthanol américain

La chute du pétrole a réduit la consommation d’éthanol, ce qui a fait baisser son prix et réduit la marge des fabricants. « Aux États-Unis, l’éthanol cote sur les plus bas niveaux jamais enregistrés. »

Les marges pour produire de l’éthanol sont devenues tellement faibles que les fabricants ne gagnent presque plus d’argent. Cette baisse de rentabilité a provoqué un ralentissement de la demande en maïs dans cette industrie. « Mais aux États-Unis, 40 % de la consommation de maïs se fait dans l’industrie de l’éthanol. C’est un secteur très important, ce qui explique en grande partie que le maïs à Chicago revienne sur ses plus bas niveaux des dix dernières années. »

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Par ailleurs, le poids de la France sur le marché du maïs est limité. « Alors qu’en France, la production s’échelonne entre 12 et 15 Mt, aux États-Unis, c’est autour des 360 Mt. On est donc très dépendant de ce qui se passe aux États-Unis, et en ce moment, c’est plutôt la soupe à la grimace. »

Mais « heureusement en France, cette débâcle est atténuée par la fermeté du blé et la faible récolte de l’automne dernier ».

Colza : entre crise de débouchés et tension sur les tourteaux

« Lorsque les triturateurs écrasent la graine de colza, ils ressortent des tourteaux et des huiles », ce qui rend le colza très dépendant de ces deux marchés, « qui sont actuellement antagonistes. »

Le confinement a réduit la consommation de gasoil et conjointement la consommation de biodiesel. D’autant plus que le pétrole étant arrivé au plus bas depuis 18 ans, « c’est toutes les énergies vertes qui en pâtissent. » À tel point, qu’ « il devient presque plus rentable pour les pompistes aujourd’hui de payer l’amende pour ne pas mettre de biodiesel, que de respecter leurs obligations d’incorporation de biocarburants. » Les usines de trituration réduisent leur cadence, et la demande en colza dans ce secteur est en recul. Avec « 70 % du colza produit en Europe utilisé dans l’industrie du biodiésel, c’est une réelle crise de débouché que subit actuellement la graine oléagineuse ».

Par ailleurs, le colza dépend également l’huile de palme. « Mais avec le confinement de l’Inde et le repli de ses importations, l’huile de palme à Kuala Lumpur a nettement chuté, ce qui a fait reculer les prix de l’huile de tournesol et l’huile de colza, et de surcroît, a entrainé les cours du colza à la baisse.  

« Pourtant, le colza parvient à rester à flot ». Première raison à cela : des fondamentaux porteurs. L’offre devrait être limitée pour la prochaine campagne, compte tenu des surfaces nettement en baisse en Europe de l’ouest et notamment en France. Par ailleurs, la trituration étant en baisse, l’offre en tourteaux en Europe se réduit. D’autant plus qu’en Argentine et au Brésil, respectivement premier exportateur de tourteaux de soja et premier exportateur de graines de soja dans le monde, des mesures de confinement ont été mises en place, provoquant des blocages dans les ports sud-américains, ce qui a « fait flamber le prix des tourteaux. »

Pour autant, il reste un dernier point à considérer : le repli du pétrole a entraîné à la baisse le prix des carburants, et en particulier celui du GNR. Un des rares effets positifs du coronavirus, en somme !

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