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Élections européennes

Les agriculteurs partagés sur la présence de Jérémy Decerle sur la liste LaREM


TNC le 29/03/2019 à 14:25
Jérémy Decerle, lors des Terres de Jim en septembre 2017 organisées dans l'Oise. (©TNC)

Jérémy Decerle, lors des Terres de Jim en septembre 2017 organisées dans l'Oise. (©TNC)

En quittant la présidence du syndicat des Jeunes agriculteurs (JA) pour la liste LaREM aux Européennes, Jérémy Decerle divise le monde agricole, certains y voyant l'opportunité d'être défendu au niveau européen, crucial pour eux, d'autres s'interrogeant sur son choix.

De par sa nature et de par le moment auquel il est survenu, l’événement avait tous les éléments pour constituer une « petite bombe » dans la sphère du syndicalisme agricole et, plus largement, dans le monde agricole. La candidature de Jérémy Decerle, désormais ex-président de Jeunes agriculteurs, aux Européennes sur la liste LaREM, révélée lundi 25 mars par terre-net.fr, fait beaucoup réagir.

« La perspective d’avoir un eurodéputé qui connaîtra son sujet, qui a des convictions, des valeurs solides, qui a été un syndicaliste exemplaire, qui pourra être un interlocuteur valable pour toute la profession, doit nous réjouir », a affirmé Baptiste Gatouillat jeudi 28 mars à Nancy. Le vice-président des JA a dû remplacer Jérémy Decerle à la dernière minute pour la traditionnelle intervention du syndicat lors de la séquence de clôture du congrès de la FNSEA. Pour lui, l’événement c’est « que le président de la République soit venu chercher notre président à nous ». Mais, « il va de soi qu’en aucun cas JA ne soutiendra une liste plutôt qu’une autre aux élections européennes », ajoute-t-il immédiatement.

Lire aussi : Plaidoyer en faveur d’un sursaut européen et d’un « agriacting » national

Si les relations entre syndicalisme et politique ont toujours été compliquées, ce n’est pas la première fois qu’un président de syndicat saute le pas. « D’autres l’ont fait avant lui : Christian Jacob a quitté le CNJA (Cercle national des jeunes agriculteurs, NDLR) pour être député européen. C’est à ce moment là que je l’ai remplacé d’ailleurs », rappelle Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. « Ce qui est important, c’est la coupure, nos statuts indiquent que nous ne devons pas avoir de mandat politique en même temps qu’un mandat syndical notamment national », explique-t-elle.

Porter la voix des agriculteurs

Jérémy Decerle a donc démissionné de la présidence des Jeunes agriculteurs pour se consacrer à la campagne. L’éleveur de Saône-et-Loire est en quatrième position sur la liste LREM. Sa candidature sous l’étiquette du parti de la majorité présidentielle aurait sans nul doute fait moins de bruit s’il y avait eu une période de transition entre son mandat syndical et son engagement politique.

« Jérémy a pris sa décision seul, mais c’est normal. Je respecte ce choix. Je lui souhaite bonne chance et je sais, le connaissant, qu’il saura porter la voix des agriculteurs », en particulier au niveau européen où se prennent de nombreuses décisions affectant les agriculteurs, dont la future Pac, assure la patronne de la FNSEA. Quant à la présence de l’ex-patron de l’ONG de protection de l’environnement WWF France Pascal Canfin sur la même liste que l’ancien JA, pour Christiane Lambert, c’est l’expression du « en même temps d’Emmanuel Macron ».

« Moi, je fais confiance à l’intelligence des hommes pour qu’il n’y ait pas d’opposition, mais bien, vraiment, un dialogue. Et si ça peut permettre de faire reconnaître davantage ce que font les agriculteurs en matière d’environnement, ce dialogue-là sera constructif », assure Christiane Lambert.

« Bien-sûr qu’ils vont travailler ensemble », s’est exclamé le ministre de l’agriculture Didier Guillaume, interrogé vendredi soir sur BFMTV, ajoutant « moi je n’oppose pas les écolos et les agriculteurs ».

Une « belle prise » pour le chef de l’Etat

Sur le plan politique, Jérémy Decerle constitue, aux yeux de nombreux observateurs, une « belle prise » pour le chef de l’Etat. Sa mission de défendre le monde agricole et porter la voix des agriculteurs ne sera pas simple pour au moins deux raisons. La première tient à la rivalité évidente qui risque de se créer entre un défendeur du monde agricole, quatrième sur la liste, et un écologiste en deuxième position. Cette rivalité existe déjà ! Dès mardi 26 mars, jour de l’annonce officielle de la composition de liste LaRem, Pascal Canfin soumettait l’idée d’une cogestion de la Pac et de la politique environnementale européenne, avec à la clé, une plus grande implication de la commission environnement à Bruxelles. Pas sûr que Jérémy Decerle y soit pleinement favorable.

La deuxième raison tient à la place donnée à Jérémy Decerle sur la liste LaRem. En acceptant la quatrième position sur la liste, il ne pourra pas se contenter de parler d’agriculture. Il devra prendre position, et donc travailler et passer du temps, sur d’autres sujets.

Si dans les couloirs du Palais des congrès de Nancy, les agriculteurs rencontrés restent très positifs sur cette opportunité d’être représentés par un de leurs pairs au Parlement européen, sur les réseaux sociaux, les débats sont plus âpres: « sale coup pour le syndicalisme », « Jérémy a été celui qui a croqué la pomme… », « j’estime important que nous soyons présents », peut-on lire sur Twitter.

« Vu les propos tenus par #decerle vis-à-vis du gouvernement LaREM on peut légitimement se demander ce qui l’a fait changer d’avis », tweete pour sa part l’agricultrice et députée européenne sortante Angélique Delahaye.

En 2014, celle-ci était en deuxième position de la liste UMP, elle se retrouve cette fois en 16e position de la liste LR de Laurent Wauquiez. Sous le titre « les contradictions En Marche ! », Les Républicains mettent ainsi en avant, dans un tract, des propos tenus en juillet 2018 par le président des JA et rapportés par les Echos : « Le chef de l’Etat n’écoute ni les corps intermédiaires ni les parlementaires ».

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TNC le 29/03/2019 à 14:25
Jérémy Decerle, lors des Terres de Jim en septembre 2017 organisées dans l'Oise. (©TNC)

Jérémy Decerle, lors des Terres de Jim en septembre 2017 organisées dans l'Oise. (©TNC)

En quittant la présidence du syndicat des Jeunes agriculteurs (JA) pour la liste LaREM aux Européennes, Jérémy Decerle divise le monde agricole, certains y voyant l'opportunité d'être défendu au niveau européen, crucial pour eux, d'autres s'interrogeant sur son choix.

De par sa nature et de par le moment auquel il est survenu, l’événement avait tous les éléments pour constituer une « petite bombe » dans la sphère du syndicalisme agricole et, plus largement, dans le monde agricole. La candidature de Jérémy Decerle, désormais ex-président de Jeunes agriculteurs, aux Européennes sur la liste LaREM, révélée lundi 25 mars par terre-net.fr, fait beaucoup réagir.

« La perspective d’avoir un eurodéputé qui connaîtra son sujet, qui a des convictions, des valeurs solides, qui a été un syndicaliste exemplaire, qui pourra être un interlocuteur valable pour toute la profession, doit nous réjouir », a affirmé Baptiste Gatouillat jeudi 28 mars à Nancy. Le vice-président des JA a dû remplacer Jérémy Decerle à la dernière minute pour la traditionnelle intervention du syndicat lors de la séquence de clôture du congrès de la FNSEA. Pour lui, l’événement c’est « que le président de la République soit venu chercher notre président à nous ». Mais, « il va de soi qu’en aucun cas JA ne soutiendra une liste plutôt qu’une autre aux élections européennes », ajoute-t-il immédiatement.

Lire aussi : Plaidoyer en faveur d’un sursaut européen et d’un « agriacting » national

Si les relations entre syndicalisme et politique ont toujours été compliquées, ce n’est pas la première fois qu’un président de syndicat saute le pas. « D’autres l’ont fait avant lui : Christian Jacob a quitté le CNJA (Cercle national des jeunes agriculteurs, NDLR) pour être député européen. C’est à ce moment là que je l’ai remplacé d’ailleurs », rappelle Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. « Ce qui est important, c’est la coupure, nos statuts indiquent que nous ne devons pas avoir de mandat politique en même temps qu’un mandat syndical notamment national », explique-t-elle.

Porter la voix des agriculteurs

Jérémy Decerle a donc démissionné de la présidence des Jeunes agriculteurs pour se consacrer à la campagne. L’éleveur de Saône-et-Loire est en quatrième position sur la liste LREM. Sa candidature sous l’étiquette du parti de la majorité présidentielle aurait sans nul doute fait moins de bruit s’il y avait eu une période de transition entre son mandat syndical et son engagement politique.

« Jérémy a pris sa décision seul, mais c’est normal. Je respecte ce choix. Je lui souhaite bonne chance et je sais, le connaissant, qu’il saura porter la voix des agriculteurs », en particulier au niveau européen où se prennent de nombreuses décisions affectant les agriculteurs, dont la future Pac, assure la patronne de la FNSEA. Quant à la présence de l’ex-patron de l’ONG de protection de l’environnement WWF France Pascal Canfin sur la même liste que l’ancien JA, pour Christiane Lambert, c’est l’expression du « en même temps d’Emmanuel Macron ».

« Moi, je fais confiance à l’intelligence des hommes pour qu’il n’y ait pas d’opposition, mais bien, vraiment, un dialogue. Et si ça peut permettre de faire reconnaître davantage ce que font les agriculteurs en matière d’environnement, ce dialogue-là sera constructif », assure Christiane Lambert.

« Bien-sûr qu’ils vont travailler ensemble », s’est exclamé le ministre de l’agriculture Didier Guillaume, interrogé vendredi soir sur BFMTV, ajoutant « moi je n’oppose pas les écolos et les agriculteurs ».

Une « belle prise » pour le chef de l’Etat

Sur le plan politique, Jérémy Decerle constitue, aux yeux de nombreux observateurs, une « belle prise » pour le chef de l’Etat. Sa mission de défendre le monde agricole et porter la voix des agriculteurs ne sera pas simple pour au moins deux raisons. La première tient à la rivalité évidente qui risque de se créer entre un défendeur du monde agricole, quatrième sur la liste, et un écologiste en deuxième position. Cette rivalité existe déjà ! Dès mardi 26 mars, jour de l’annonce officielle de la composition de liste LaRem, Pascal Canfin soumettait l’idée d’une cogestion de la Pac et de la politique environnementale européenne, avec à la clé, une plus grande implication de la commission environnement à Bruxelles. Pas sûr que Jérémy Decerle y soit pleinement favorable.

La deuxième raison tient à la place donnée à Jérémy Decerle sur la liste LaRem. En acceptant la quatrième position sur la liste, il ne pourra pas se contenter de parler d’agriculture. Il devra prendre position, et donc travailler et passer du temps, sur d’autres sujets.

Si dans les couloirs du Palais des congrès de Nancy, les agriculteurs rencontrés restent très positifs sur cette opportunité d’être représentés par un de leurs pairs au Parlement européen, sur les réseaux sociaux, les débats sont plus âpres: « sale coup pour le syndicalisme », « Jérémy a été celui qui a croqué la pomme… », « j’estime important que nous soyons présents », peut-on lire sur Twitter.

« Vu les propos tenus par #decerle vis-à-vis du gouvernement LaREM on peut légitimement se demander ce qui l’a fait changer d’avis », tweete pour sa part l’agricultrice et députée européenne sortante Angélique Delahaye.

En 2014, celle-ci était en deuxième position de la liste UMP, elle se retrouve cette fois en 16e position de la liste LR de Laurent Wauquiez. Sous le titre « les contradictions En Marche ! », Les Républicains mettent ainsi en avant, dans un tract, des propos tenus en juillet 2018 par le président des JA et rapportés par les Echos : « Le chef de l’Etat n’écoute ni les corps intermédiaires ni les parlementaires ».

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Les agriculteurs partagés sur la présence de Jérémy Decerle sur la liste LaREM


TNC le 29/03/2019 à 14:25
Jérémy Decerle, lors des Terres de Jim en septembre 2017 organisées dans l'Oise. (©TNC)

Jérémy Decerle, lors des Terres de Jim en septembre 2017 organisées dans l'Oise. (©TNC)

En quittant la présidence du syndicat des Jeunes agriculteurs (JA) pour la liste LaREM aux Européennes, Jérémy Decerle divise le monde agricole, certains y voyant l'opportunité d'être défendu au niveau européen, crucial pour eux, d'autres s'interrogeant sur son choix.

De par sa nature et de par le moment auquel il est survenu, l’événement avait tous les éléments pour constituer une « petite bombe » dans la sphère du syndicalisme agricole et, plus largement, dans le monde agricole. La candidature de Jérémy Decerle, désormais ex-président de Jeunes agriculteurs, aux Européennes sur la liste LaREM, révélée lundi 25 mars par terre-net.fr, fait beaucoup réagir.

« La perspective d’avoir un eurodéputé qui connaîtra son sujet, qui a des convictions, des valeurs solides, qui a été un syndicaliste exemplaire, qui pourra être un interlocuteur valable pour toute la profession, doit nous réjouir », a affirmé Baptiste Gatouillat jeudi 28 mars à Nancy. Le vice-président des JA a dû remplacer Jérémy Decerle à la dernière minute pour la traditionnelle intervention du syndicat lors de la séquence de clôture du congrès de la FNSEA. Pour lui, l’événement c’est « que le président de la République soit venu chercher notre président à nous ». Mais, « il va de soi qu’en aucun cas JA ne soutiendra une liste plutôt qu’une autre aux élections européennes », ajoute-t-il immédiatement.

Lire aussi : Plaidoyer en faveur d’un sursaut européen et d’un « agriacting » national

Si les relations entre syndicalisme et politique ont toujours été compliquées, ce n’est pas la première fois qu’un président de syndicat saute le pas. « D’autres l’ont fait avant lui : Christian Jacob a quitté le CNJA (Cercle national des jeunes agriculteurs, NDLR) pour être député européen. C’est à ce moment là que je l’ai remplacé d’ailleurs », rappelle Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. « Ce qui est important, c’est la coupure, nos statuts indiquent que nous ne devons pas avoir de mandat politique en même temps qu’un mandat syndical notamment national », explique-t-elle.

Porter la voix des agriculteurs

Jérémy Decerle a donc démissionné de la présidence des Jeunes agriculteurs pour se consacrer à la campagne. L’éleveur de Saône-et-Loire est en quatrième position sur la liste LREM. Sa candidature sous l’étiquette du parti de la majorité présidentielle aurait sans nul doute fait moins de bruit s’il y avait eu une période de transition entre son mandat syndical et son engagement politique.

« Jérémy a pris sa décision seul, mais c’est normal. Je respecte ce choix. Je lui souhaite bonne chance et je sais, le connaissant, qu’il saura porter la voix des agriculteurs », en particulier au niveau européen où se prennent de nombreuses décisions affectant les agriculteurs, dont la future Pac, assure la patronne de la FNSEA. Quant à la présence de l’ex-patron de l’ONG de protection de l’environnement WWF France Pascal Canfin sur la même liste que l’ancien JA, pour Christiane Lambert, c’est l’expression du « en même temps d’Emmanuel Macron ».

« Moi, je fais confiance à l’intelligence des hommes pour qu’il n’y ait pas d’opposition, mais bien, vraiment, un dialogue. Et si ça peut permettre de faire reconnaître davantage ce que font les agriculteurs en matière d’environnement, ce dialogue-là sera constructif », assure Christiane Lambert.

« Bien-sûr qu’ils vont travailler ensemble », s’est exclamé le ministre de l’agriculture Didier Guillaume, interrogé vendredi soir sur BFMTV, ajoutant « moi je n’oppose pas les écolos et les agriculteurs ».

Une « belle prise » pour le chef de l’Etat

Sur le plan politique, Jérémy Decerle constitue, aux yeux de nombreux observateurs, une « belle prise » pour le chef de l’Etat. Sa mission de défendre le monde agricole et porter la voix des agriculteurs ne sera pas simple pour au moins deux raisons. La première tient à la rivalité évidente qui risque de se créer entre un défendeur du monde agricole, quatrième sur la liste, et un écologiste en deuxième position. Cette rivalité existe déjà ! Dès mardi 26 mars, jour de l’annonce officielle de la composition de liste LaRem, Pascal Canfin soumettait l’idée d’une cogestion de la Pac et de la politique environnementale européenne, avec à la clé, une plus grande implication de la commission environnement à Bruxelles. Pas sûr que Jérémy Decerle y soit pleinement favorable.

La deuxième raison tient à la place donnée à Jérémy Decerle sur la liste LaRem. En acceptant la quatrième position sur la liste, il ne pourra pas se contenter de parler d’agriculture. Il devra prendre position, et donc travailler et passer du temps, sur d’autres sujets.

Si dans les couloirs du Palais des congrès de Nancy, les agriculteurs rencontrés restent très positifs sur cette opportunité d’être représentés par un de leurs pairs au Parlement européen, sur les réseaux sociaux, les débats sont plus âpres: « sale coup pour le syndicalisme », « Jérémy a été celui qui a croqué la pomme… », « j’estime important que nous soyons présents », peut-on lire sur Twitter.

« Vu les propos tenus par #decerle vis-à-vis du gouvernement LaREM on peut légitimement se demander ce qui l’a fait changer d’avis », tweete pour sa part l’agricultrice et députée européenne sortante Angélique Delahaye.

En 2014, celle-ci était en deuxième position de la liste UMP, elle se retrouve cette fois en 16e position de la liste LR de Laurent Wauquiez. Sous le titre « les contradictions En Marche ! », Les Républicains mettent ainsi en avant, dans un tract, des propos tenus en juillet 2018 par le président des JA et rapportés par les Echos : « Le chef de l’Etat n’écoute ni les corps intermédiaires ni les parlementaires ».

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TNC le 29/03/2019 à 14:25
Jérémy Decerle, lors des Terres de Jim en septembre 2017 organisées dans l'Oise. (©TNC)

Jérémy Decerle, lors des Terres de Jim en septembre 2017 organisées dans l'Oise. (©TNC)

En quittant la présidence du syndicat des Jeunes agriculteurs (JA) pour la liste LaREM aux Européennes, Jérémy Decerle divise le monde agricole, certains y voyant l'opportunité d'être défendu au niveau européen, crucial pour eux, d'autres s'interrogeant sur son choix.

De par sa nature et de par le moment auquel il est survenu, l’événement avait tous les éléments pour constituer une « petite bombe » dans la sphère du syndicalisme agricole et, plus largement, dans le monde agricole. La candidature de Jérémy Decerle, désormais ex-président de Jeunes agriculteurs, aux Européennes sur la liste LaREM, révélée lundi 25 mars par terre-net.fr, fait beaucoup réagir.

« La perspective d’avoir un eurodéputé qui connaîtra son sujet, qui a des convictions, des valeurs solides, qui a été un syndicaliste exemplaire, qui pourra être un interlocuteur valable pour toute la profession, doit nous réjouir », a affirmé Baptiste Gatouillat jeudi 28 mars à Nancy. Le vice-président des JA a dû remplacer Jérémy Decerle à la dernière minute pour la traditionnelle intervention du syndicat lors de la séquence de clôture du congrès de la FNSEA. Pour lui, l’événement c’est « que le président de la République soit venu chercher notre président à nous ». Mais, « il va de soi qu’en aucun cas JA ne soutiendra une liste plutôt qu’une autre aux élections européennes », ajoute-t-il immédiatement.

Lire aussi : Plaidoyer en faveur d’un sursaut européen et d’un « agriacting » national

Si les relations entre syndicalisme et politique ont toujours été compliquées, ce n’est pas la première fois qu’un président de syndicat saute le pas. « D’autres l’ont fait avant lui : Christian Jacob a quitté le CNJA (Cercle national des jeunes agriculteurs, NDLR) pour être député européen. C’est à ce moment là que je l’ai remplacé d’ailleurs », rappelle Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. « Ce qui est important, c’est la coupure, nos statuts indiquent que nous ne devons pas avoir de mandat politique en même temps qu’un mandat syndical notamment national », explique-t-elle.

Porter la voix des agriculteurs

Jérémy Decerle a donc démissionné de la présidence des Jeunes agriculteurs pour se consacrer à la campagne. L’éleveur de Saône-et-Loire est en quatrième position sur la liste LREM. Sa candidature sous l’étiquette du parti de la majorité présidentielle aurait sans nul doute fait moins de bruit s’il y avait eu une période de transition entre son mandat syndical et son engagement politique.

« Jérémy a pris sa décision seul, mais c’est normal. Je respecte ce choix. Je lui souhaite bonne chance et je sais, le connaissant, qu’il saura porter la voix des agriculteurs », en particulier au niveau européen où se prennent de nombreuses décisions affectant les agriculteurs, dont la future Pac, assure la patronne de la FNSEA. Quant à la présence de l’ex-patron de l’ONG de protection de l’environnement WWF France Pascal Canfin sur la même liste que l’ancien JA, pour Christiane Lambert, c’est l’expression du « en même temps d’Emmanuel Macron ».

« Moi, je fais confiance à l’intelligence des hommes pour qu’il n’y ait pas d’opposition, mais bien, vraiment, un dialogue. Et si ça peut permettre de faire reconnaître davantage ce que font les agriculteurs en matière d’environnement, ce dialogue-là sera constructif », assure Christiane Lambert.

« Bien-sûr qu’ils vont travailler ensemble », s’est exclamé le ministre de l’agriculture Didier Guillaume, interrogé vendredi soir sur BFMTV, ajoutant « moi je n’oppose pas les écolos et les agriculteurs ».

Une « belle prise » pour le chef de l’Etat

Sur le plan politique, Jérémy Decerle constitue, aux yeux de nombreux observateurs, une « belle prise » pour le chef de l’Etat. Sa mission de défendre le monde agricole et porter la voix des agriculteurs ne sera pas simple pour au moins deux raisons. La première tient à la rivalité évidente qui risque de se créer entre un défendeur du monde agricole, quatrième sur la liste, et un écologiste en deuxième position. Cette rivalité existe déjà ! Dès mardi 26 mars, jour de l’annonce officielle de la composition de liste LaRem, Pascal Canfin soumettait l’idée d’une cogestion de la Pac et de la politique environnementale européenne, avec à la clé, une plus grande implication de la commission environnement à Bruxelles. Pas sûr que Jérémy Decerle y soit pleinement favorable.

La deuxième raison tient à la place donnée à Jérémy Decerle sur la liste LaRem. En acceptant la quatrième position sur la liste, il ne pourra pas se contenter de parler d’agriculture. Il devra prendre position, et donc travailler et passer du temps, sur d’autres sujets.

Si dans les couloirs du Palais des congrès de Nancy, les agriculteurs rencontrés restent très positifs sur cette opportunité d’être représentés par un de leurs pairs au Parlement européen, sur les réseaux sociaux, les débats sont plus âpres: « sale coup pour le syndicalisme », « Jérémy a été celui qui a croqué la pomme… », « j’estime important que nous soyons présents », peut-on lire sur Twitter.

« Vu les propos tenus par #decerle vis-à-vis du gouvernement LaREM on peut légitimement se demander ce qui l’a fait changer d’avis », tweete pour sa part l’agricultrice et députée européenne sortante Angélique Delahaye.

En 2014, celle-ci était en deuxième position de la liste UMP, elle se retrouve cette fois en 16e position de la liste LR de Laurent Wauquiez. Sous le titre « les contradictions En Marche ! », Les Républicains mettent ainsi en avant, dans un tract, des propos tenus en juillet 2018 par le président des JA et rapportés par les Echos : « Le chef de l’Etat n’écoute ni les corps intermédiaires ni les parlementaires ».

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Jérémy Decerle, lors des Terres de Jim en septembre 2017 organisées dans l'Oise. (©TNC)

Jérémy Decerle, lors des Terres de Jim en septembre 2017 organisées dans l'Oise. (©TNC)

En quittant la présidence du syndicat des Jeunes agriculteurs (JA) pour la liste LaREM aux Européennes, Jérémy Decerle divise le monde agricole, certains y voyant l'opportunité d'être défendu au niveau européen, crucial pour eux, d'autres s'interrogeant sur son choix.

De par sa nature et de par le moment auquel il est survenu, l’événement avait tous les éléments pour constituer une « petite bombe » dans la sphère du syndicalisme agricole et, plus largement, dans le monde agricole. La candidature de Jérémy Decerle, désormais ex-président de Jeunes agriculteurs, aux Européennes sur la liste LaREM, révélée lundi 25 mars par terre-net.fr, fait beaucoup réagir.

« La perspective d’avoir un eurodéputé qui connaîtra son sujet, qui a des convictions, des valeurs solides, qui a été un syndicaliste exemplaire, qui pourra être un interlocuteur valable pour toute la profession, doit nous réjouir », a affirmé Baptiste Gatouillat jeudi 28 mars à Nancy. Le vice-président des JA a dû remplacer Jérémy Decerle à la dernière minute pour la traditionnelle intervention du syndicat lors de la séquence de clôture du congrès de la FNSEA. Pour lui, l’événement c’est « que le président de la République soit venu chercher notre président à nous ». Mais, « il va de soi qu’en aucun cas JA ne soutiendra une liste plutôt qu’une autre aux élections européennes », ajoute-t-il immédiatement.

Lire aussi : Plaidoyer en faveur d’un sursaut européen et d’un « agriacting » national

Si les relations entre syndicalisme et politique ont toujours été compliquées, ce n’est pas la première fois qu’un président de syndicat saute le pas. « D’autres l’ont fait avant lui : Christian Jacob a quitté le CNJA (Cercle national des jeunes agriculteurs, NDLR) pour être député européen. C’est à ce moment là que je l’ai remplacé d’ailleurs », rappelle Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. « Ce qui est important, c’est la coupure, nos statuts indiquent que nous ne devons pas avoir de mandat politique en même temps qu’un mandat syndical notamment national », explique-t-elle.

Porter la voix des agriculteurs

Jérémy Decerle a donc démissionné de la présidence des Jeunes agriculteurs pour se consacrer à la campagne. L’éleveur de Saône-et-Loire est en quatrième position sur la liste LREM. Sa candidature sous l’étiquette du parti de la majorité présidentielle aurait sans nul doute fait moins de bruit s’il y avait eu une période de transition entre son mandat syndical et son engagement politique.

« Jérémy a pris sa décision seul, mais c’est normal. Je respecte ce choix. Je lui souhaite bonne chance et je sais, le connaissant, qu’il saura porter la voix des agriculteurs », en particulier au niveau européen où se prennent de nombreuses décisions affectant les agriculteurs, dont la future Pac, assure la patronne de la FNSEA. Quant à la présence de l’ex-patron de l’ONG de protection de l’environnement WWF France Pascal Canfin sur la même liste que l’ancien JA, pour Christiane Lambert, c’est l’expression du « en même temps d’Emmanuel Macron ».

« Moi, je fais confiance à l’intelligence des hommes pour qu’il n’y ait pas d’opposition, mais bien, vraiment, un dialogue. Et si ça peut permettre de faire reconnaître davantage ce que font les agriculteurs en matière d’environnement, ce dialogue-là sera constructif », assure Christiane Lambert.

« Bien-sûr qu’ils vont travailler ensemble », s’est exclamé le ministre de l’agriculture Didier Guillaume, interrogé vendredi soir sur BFMTV, ajoutant « moi je n’oppose pas les écolos et les agriculteurs ».

Une « belle prise » pour le chef de l’Etat

Sur le plan politique, Jérémy Decerle constitue, aux yeux de nombreux observateurs, une « belle prise » pour le chef de l’Etat. Sa mission de défendre le monde agricole et porter la voix des agriculteurs ne sera pas simple pour au moins deux raisons. La première tient à la rivalité évidente qui risque de se créer entre un défendeur du monde agricole, quatrième sur la liste, et un écologiste en deuxième position. Cette rivalité existe déjà ! Dès mardi 26 mars, jour de l’annonce officielle de la composition de liste LaRem, Pascal Canfin soumettait l’idée d’une cogestion de la Pac et de la politique environnementale européenne, avec à la clé, une plus grande implication de la commission environnement à Bruxelles. Pas sûr que Jérémy Decerle y soit pleinement favorable.

La deuxième raison tient à la place donnée à Jérémy Decerle sur la liste LaRem. En acceptant la quatrième position sur la liste, il ne pourra pas se contenter de parler d’agriculture. Il devra prendre position, et donc travailler et passer du temps, sur d’autres sujets.

Si dans les couloirs du Palais des congrès de Nancy, les agriculteurs rencontrés restent très positifs sur cette opportunité d’être représentés par un de leurs pairs au Parlement européen, sur les réseaux sociaux, les débats sont plus âpres: « sale coup pour le syndicalisme », « Jérémy a été celui qui a croqué la pomme… », « j’estime important que nous soyons présents », peut-on lire sur Twitter.

« Vu les propos tenus par #decerle vis-à-vis du gouvernement LaREM on peut légitimement se demander ce qui l’a fait changer d’avis », tweete pour sa part l’agricultrice et députée européenne sortante Angélique Delahaye.

En 2014, celle-ci était en deuxième position de la liste UMP, elle se retrouve cette fois en 16e position de la liste LR de Laurent Wauquiez. Sous le titre « les contradictions En Marche ! », Les Républicains mettent ainsi en avant, dans un tract, des propos tenus en juillet 2018 par le président des JA et rapportés par les Echos : « Le chef de l’Etat n’écoute ni les corps intermédiaires ni les parlementaires ».

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Jérémy Decerle, lors des Terres de Jim en septembre 2017 organisées dans l'Oise. (©TNC)

Jérémy Decerle, lors des Terres de Jim en septembre 2017 organisées dans l'Oise. (©TNC)

En quittant la présidence du syndicat des Jeunes agriculteurs (JA) pour la liste LaREM aux Européennes, Jérémy Decerle divise le monde agricole, certains y voyant l'opportunité d'être défendu au niveau européen, crucial pour eux, d'autres s'interrogeant sur son choix.

De par sa nature et de par le moment auquel il est survenu, l’événement avait tous les éléments pour constituer une « petite bombe » dans la sphère du syndicalisme agricole et, plus largement, dans le monde agricole. La candidature de Jérémy Decerle, désormais ex-président de Jeunes agriculteurs, aux Européennes sur la liste LaREM, révélée lundi 25 mars par terre-net.fr, fait beaucoup réagir.

« La perspective d’avoir un eurodéputé qui connaîtra son sujet, qui a des convictions, des valeurs solides, qui a été un syndicaliste exemplaire, qui pourra être un interlocuteur valable pour toute la profession, doit nous réjouir », a affirmé Baptiste Gatouillat jeudi 28 mars à Nancy. Le vice-président des JA a dû remplacer Jérémy Decerle à la dernière minute pour la traditionnelle intervention du syndicat lors de la séquence de clôture du congrès de la FNSEA. Pour lui, l’événement c’est « que le président de la République soit venu chercher notre président à nous ». Mais, « il va de soi qu’en aucun cas JA ne soutiendra une liste plutôt qu’une autre aux élections européennes », ajoute-t-il immédiatement.

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Si les relations entre syndicalisme et politique ont toujours été compliquées, ce n’est pas la première fois qu’un président de syndicat saute le pas. « D’autres l’ont fait avant lui : Christian Jacob a quitté le CNJA (Cercle national des jeunes agriculteurs, NDLR) pour être député européen. C’est à ce moment là que je l’ai remplacé d’ailleurs », rappelle Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. « Ce qui est important, c’est la coupure, nos statuts indiquent que nous ne devons pas avoir de mandat politique en même temps qu’un mandat syndical notamment national », explique-t-elle.

Porter la voix des agriculteurs

Jérémy Decerle a donc démissionné de la présidence des Jeunes agriculteurs pour se consacrer à la campagne. L’éleveur de Saône-et-Loire est en quatrième position sur la liste LREM. Sa candidature sous l’étiquette du parti de la majorité présidentielle aurait sans nul doute fait moins de bruit s’il y avait eu une période de transition entre son mandat syndical et son engagement politique.

« Jérémy a pris sa décision seul, mais c’est normal. Je respecte ce choix. Je lui souhaite bonne chance et je sais, le connaissant, qu’il saura porter la voix des agriculteurs », en particulier au niveau européen où se prennent de nombreuses décisions affectant les agriculteurs, dont la future Pac, assure la patronne de la FNSEA. Quant à la présence de l’ex-patron de l’ONG de protection de l’environnement WWF France Pascal Canfin sur la même liste que l’ancien JA, pour Christiane Lambert, c’est l’expression du « en même temps d’Emmanuel Macron ».

« Moi, je fais confiance à l’intelligence des hommes pour qu’il n’y ait pas d’opposition, mais bien, vraiment, un dialogue. Et si ça peut permettre de faire reconnaître davantage ce que font les agriculteurs en matière d’environnement, ce dialogue-là sera constructif », assure Christiane Lambert.

« Bien-sûr qu’ils vont travailler ensemble », s’est exclamé le ministre de l’agriculture Didier Guillaume, interrogé vendredi soir sur BFMTV, ajoutant « moi je n’oppose pas les écolos et les agriculteurs ».

Une « belle prise » pour le chef de l’Etat

Sur le plan politique, Jérémy Decerle constitue, aux yeux de nombreux observateurs, une « belle prise » pour le chef de l’Etat. Sa mission de défendre le monde agricole et porter la voix des agriculteurs ne sera pas simple pour au moins deux raisons. La première tient à la rivalité évidente qui risque de se créer entre un défendeur du monde agricole, quatrième sur la liste, et un écologiste en deuxième position. Cette rivalité existe déjà ! Dès mardi 26 mars, jour de l’annonce officielle de la composition de liste LaRem, Pascal Canfin soumettait l’idée d’une cogestion de la Pac et de la politique environnementale européenne, avec à la clé, une plus grande implication de la commission environnement à Bruxelles. Pas sûr que Jérémy Decerle y soit pleinement favorable.

La deuxième raison tient à la place donnée à Jérémy Decerle sur la liste LaRem. En acceptant la quatrième position sur la liste, il ne pourra pas se contenter de parler d’agriculture. Il devra prendre position, et donc travailler et passer du temps, sur d’autres sujets.

Si dans les couloirs du Palais des congrès de Nancy, les agriculteurs rencontrés restent très positifs sur cette opportunité d’être représentés par un de leurs pairs au Parlement européen, sur les réseaux sociaux, les débats sont plus âpres: « sale coup pour le syndicalisme », « Jérémy a été celui qui a croqué la pomme… », « j’estime important que nous soyons présents », peut-on lire sur Twitter.

« Vu les propos tenus par #decerle vis-à-vis du gouvernement LaREM on peut légitimement se demander ce qui l’a fait changer d’avis », tweete pour sa part l’agricultrice et députée européenne sortante Angélique Delahaye.

En 2014, celle-ci était en deuxième position de la liste UMP, elle se retrouve cette fois en 16e position de la liste LR de Laurent Wauquiez. Sous le titre « les contradictions En Marche ! », Les Républicains mettent ainsi en avant, dans un tract, des propos tenus en juillet 2018 par le président des JA et rapportés par les Echos : « Le chef de l’Etat n’écoute ni les corps intermédiaires ni les parlementaires ».