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Dossier : Covid-19 : les conséquences pour le monde agricole

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Alimentation

Le coronavirus aura-t-il la peau des produits frais ?


AFP le 21/03/2020 à 18:03

« Il faut manger des produits frais ! » : c'est le cri d'alarme du ministre de l'agriculture Didier Guillaume après la ruée sur les pâtes, farines, huiles et autres produits de longue conservation face au coronavirus.

A l’issue des premiers jours de confinement, qui ont aussi bouleversé les habitudes de consommation, voici un état des lieux dans les filières d’alimentation, du lait aux fruits en passant par la viande et le poisson.

Les produits laitiers : fromages AOP en difficulté?

« Globalement, les produits laitiers ont connu une accélération » avant le confinement, selon Mélanie Richard, directrice économie du Cniel (interprofession laitière). « Nous n’avons pas encore de données chiffrées, mais d’après les remontées de la distribution, depuis mercredi, les ventes reprennent un schéma assez normal. » Seule ombre au tableau, « les petites entreprises, qui sont sur des marchés de niche, spécifiques », comme « des fromages de qualité, des AOP », davantage tributaires « des ventes sur les marchés, des crémiers-fromagers pour lesquels l’activité est peut-être plus affectée que les commerces classiques de grande distribution », selon Mme Richard, qui là encore, ne dispose pas encore de chiffres.

Lire aussi : Coronavirus − La ruée sur les produits de grande consommation avant le confinement

Fruits et légumes : coup de froid sur les cultures de printemps ?

« Il y a un recentrage sur les familles de produits de consommation courante, comme la pomme de terre, parce que ça se conserve et qu’on peut en faire beaucoup de choses », déclare Thomas Vallenet, directeur commercial de Ribégroupe, grossiste en fruits et légumes dans le nord de la France. Les agrumes se sont également bien vendus, tout comme la tomate, « simple à préparer ». À l’inverse, « l’asperge, la fraise, souffrent énormément », indique Laurent Grandin, président d’Interfel, l’interprofession des fruits et légumes qui évoque « des produits fragiles, peu stockables ».

Autre problème pour ces cultures de printemps, le manque de main-d’oeuvre pour récolter, « compte tenu du blocage des frontières ». L’interprofession a demandé au gouvernement de mettre en place des contrats spécifiques pour permettre d’attirer les nombreux salariés de l’horticulture au chômage technique.

Pêche : capitaine abandonné ?

« Certains équipages, des hauturiers qui apportent de gros volumes, ne veulent plus aller en mer car ils sont payés à la vente et ça ne se vend pas », déplore Olivier Le Nézet, président du comité des pêches de Bretagne.

La fermeture des restaurants et des cantines a entraîné une baisse drastique de la demande, les exportations vers l’Espagne et l’Italie – marchés traditionnels – sont bloquées, « c’est toute la chaîne qui est en train de se casser la figure », résume M. Le Nézet. Résultat, le prix des produits de la mer s’est écroulé cette semaine dans les criées : des langoustines à 6,80 euros le kilo contre 12 à 13 la semaine dernière, de la sole à 8 euros contre 17 et de nombreux produits de la mer vendus au prix plancher. Des équipages craignent donc de rester à quai, sans perspective pour l’instant.

Viande, une flambée avant le bouillon ?

« Nos établissements de viande ont fait face à une augmentation de la demande, de 20 % sur les dix derniers jours, par contre, il y a un ralentissement qui s’est produit depuis jeudi », note Paul Rouche, directeur délégué de Culture Viande. « Les ventes ont été assez fortes avant le confinement, là, on est dans une régulation qui se met en place », confirme Jean-François Guilhard, président de la confédération des bouchers-charcutiers. « Il y aura une perte de chiffre d’affaires, c’est automatique », note-t-il toutefois, faisant son deuil des barbecues des premiers beaux jours et des repas de famille.

Et pendant le confinement ?

« Une fois cette première phase qui a bénéficié à un certain nombre de produits plus naturellement stockables, est-ce que les gens vont ressortir pour acheter des fruits et légumes ou est-ce qu’à la fin de cette période, ils vont manger l’ensemble des conserves, du riz, des pâtes qu’ils ont pu acheter, un phénomène que l’on a suivi auprès de nos collègues européens ? », s’interroge Laurent Grandin. « Les marchés de gros italiens ont baissé de 30 à 50 % sur cette période. » Comme les courbes du coronavirus, on suit les réactions humaines qui semblent être transposables d’un pays à l’autre », conclut M. Grandin, qui milite pour le maintien des marchés de plein air.

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