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Dossier : Zones de non traitement

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Zones de non traitement

La distance de protection des habitations fait bondir les écologistes


AFP le 07/09/2019 à 14:15

Le gouvernement va proposer de fixer à 5 ou 10  mètres, selon les cultures, la distance minimale entre les habitations et les zones d'épandage de pesticides, un arbitrage dénoncé comme minimaliste par les écologistes et les associations.

« Le gouvernement va soumettre à consultation lundi un projet de décret qui part des recommandations scientifiques de l’Agence nationale de sécurité sanitaire » (Anses), a indiqué samedi à l’AFP un porte-parole du ministère de l’agriculture. La distance minimale à respecter proposée est de 10 mètres pour les « substances les plus dangereuses », précise un communiqué commun des ministères de la transition écologique, de la santé et de l’agriculture. Pour les autres produits, elle sera de 5 mètres pour les cultures dites basses, comme les céréales et de 10 mètres pour les cultures hautes, telles que les vignes.

L’Anses a recommandé en juin de mettre en place des distances de sécurité « au moins égales » à 3, 5 et 10 mètres entre les cultures et les bâtiments habités, selon le type de culture et le matériel utilisé pour la pulvérisation. Des distances « supérieures » devraient être respectées « par mesure de précaution, en particulier pour les produits classés cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction ».

Pour David Cormand, secrétaire national d’Europe Ecologie Les Verts, il s’agit d’une décision au « caractère historique » : « c’est la première fois que l’Etat admet qu’il y a un danger grave pour les gens » après l’épandage. Mais « le problème, c’est le côté anecdotique de la décision qu’ils en tirent », a-t-il déclaré à BFMTV. « La distance est trop petite si vous avez du vent… c’est pas 5 mètres qui vont protéger », a-t-il ajouté.

« Les mesures proposées sont vraiment insuffisantes au vu de ce que dit l’Anses, au vu des études scientifiques », a abondé auprès de l’AFP Thibault Leroux, chargé de mission agriculture à France Nature Environnement (FNE).

« Je n’y crois pas, je pense que c’est un poisson d’avril », a déploré auprès de BFMTV le photographe Yann Arthus-Bertrand, fondateur et président de la fondation Good Planet. « C’est insultant pour les gens qui se battent depuis si longtemps contre les pesticides ».

En revanche, la mise en place de zones de non-traitement est une mauvaise nouvelle pour le syndicat agricole FNSEA. « Ce sont des retraits importants de terres agricoles, ce qui représente un manque à gagner très important surtout dans les zones peri-urbaines », a commenté auprès de l’AFP Christian Durlin, vice-président de la commission environnement à la FNSEA. « Nous pensons qu’il faut surtout se baser sur d’autres alternatives », a-t-il ajouté, précisant que le syndicat souhaitait voir le développement de chartes locales entre parties prenantes. « Il y aura des zones de non-traitement mises en place là où il n’y a pas de charte de riverains », avait précisé mercredi le ministre de l’agriculture Didier Guillaume.

Entrée en vigueur en 2020

Le maire de Langouët (Ille-et-Vilaine) Daniel Cueff, qui a pris en mai un arrêté très médiatisé interdisant l’utilisation de produits phytopharmaceutiques « à une distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale comprenant un bâtiment à usage d’habitation ou professionnel », a également fait part de sa surprise devant la décision du gouvernement. « Quand j’ai appris ça, je pensais que c’était une « fake news » et que ce n’était pas sérieux ! Cette proposition n’est pas croyable », a-t-il réagi samedi auprès de l’AFP.

Dans son avis, l’Anses recommande également de généraliser les dispositifs limitant la dérive des pesticides, comme des buses par exemple, et insiste sur l’importance des programmes de formation pour les agriculteurs.

En marge d’un déplacement à Bordeaux, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a justifié ce choix de distance minimale : il s’agit « qu’on puisse avancer dans notre idéal écologique et qu’on soit aussi capable de prendre en compte la transformation que cela représente pour les agriculteurs, et qu’on soit capable de les accompagner dans cette transformation ». La consultation durera trois semaines et « le gouvernement tranchera en octobre-novembre », a détaillé le porte-parole du ministère de l’agriculture. « Dans la loi Egalim, il y a des dispositions spécifiques pour la protection des riverains via la mise en place de chartes concertées avec les riverains, les agriculteurs », a rappelé de son côté Matignon.

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