Maladies fongiques

Un problème commun aux cultures et aux hommes


TNC le 25/04/2019 à 06:02
Selon Françoise Botterel, « tout est lié entre la santé humaine, animale et végétale ». (©N.Petit @agri_zoom)

Selon Françoise Botterel, « tout est lié entre la santé humaine, animale et végétale ». (©N.Petit @agri_zoom)

Avec l'apparition de résistance aux fongicides, les champignons représentent une véritable menace pour l'agriculture, l'alimentation et la santé humaine. Tous les acteurs doivent œuvrer ensemble pour limiter ce phénomène. Côté cultures, les agriculteurs sont vigilants et la recherche est active afin de trouver des solutions alternatives.

Difficilement prédictibles, les maladies fongiques représentent une « menace silencieuse pour la santé humaine, pour l’agriculture et l’alimentation », déclare Christian Huyghe, directeur scientifique agriculture à l’Inra, lors d’un débat organisé à ce sujet par le groupe de travail « Oui à l’innovation ! », le 12 avril dernier. Chaque année, les champignons font 1,6 million de victimes dans le monde.

Pour le professeur Françoise Botterel, docteur spécialiste en biologie médicale et secrétaire de la Société française de mycologie médicale, il est urgent de réagir. « La vision que nous devons avoir est celle de « one health » (une santé, NDLR). Tout est lié entre la santé humaine, animale et végétale », souligne Françoise Botterel. D’autant que certains champignons deviennent résistants aux molécules fongicides utilisées en santé humaine ainsi qu’en protection des cultures, comme par exemple les azoles. « Aux Pays-Bas, 20 % des champignons Aspergillus sont résistants à cette famille chimique », très utilisée dans la production de tulipes. Et le phénomène se répand : « cela concerne désormais 4 % de ces champignons en France ».

Limiter l’apparition de résistances aux fongicides

Les champignons font l’objet d’une surveillance accrue en agriculture, du fait de leur incidence importante sur la productivité des cultures : « – 20 % en moyenne », selon Christian Huyghe. Et il n’y a pas que le rendement, ils peuvent également « nuire à la qualité des récoltes et produire des mycotoxines », comme le souligne Olivier Coupery, agriculteur dans les Yvelines. « Nos productions doivent être saines, loyales et marchandes pour être commercialisées ».

Pour lutter contre ces champignons tout en limitant l’apparition de résistances, l’agriculteur utilise des « demi-doses en traitement préventif » et essaye de « varier les molécules ». Mais l’offre ne le permet pas toujours, comme c’est le cas avec « la cercosporiose en betterave ». L’agriculteur a aussi recours au « mélange variétal » et utilise des outils d’aide à la décision pour un « positionnement optimum des traitements ».

De gauche à droite, Olivier Coupery, Françoise Botterel et Christian Huyghe. (©TNC)

Trouver des solutions alternatives

Les connaissances évoluent aussi et « remettent en cause beaucoup de choses aujourd’hui. Auparavant, on considérait « qu’une plante était saine, lorsqu’il n’y avait rien dessus. Aujourd’hui, la plante doit être habitée avec un équilibre essentiel », ajoute Christian Huyghe. « Certaines solutions de biocontrôle fonctionnent plutôt bien, comme le soufre ou le cuivre. » Ces deux exemples posent, par contre, « d’autres soucis concernant la vie des sols ». La recherche travaille donc pour trouver d’autres solutions alternatives, mais « on manque encore de recul à ce sujet ».