Moisson 2019

Un « bon cru » pour le blé, des inquiétudes pour le maïs


AFP le 26/07/2019 à 05:58
Un premier bilan de la moisson 2019 : une année qui « restera dans les bons crus » pour le blé, selon François Berson, directeur collecte Soufflet Agriculture. (©TNC)

Un premier bilan de la moisson 2019 : une année qui « restera dans les bons crus » pour le blé, selon François Berson, directeur collecte Soufflet Agriculture. (©TNC)

« Une bonne surprise ». Après quelques sueurs froides liées à la canicule, les producteurs de blé respirent : la moisson 2019 s'annonce bonne, tant en quantité qu'en qualité et pourrait approcher les 40 millions de tonnes. Pour le maïs, en revanche, la sécheresse inquiète.

« Au niveau rendement, c’est bon à très bon, en moyenne. Niveau qualité, c’est la même chose » : le constat est de François Berson, directeur de la collecte pour le groupe Soufflet, premier collecteur privé de céréales en Europe. S’il met en garde contre une forte hétérogénéité des rendements, avec « des régions qui sont très différentes les unes des autres », il table sur une moyenne française autour de 75 quintaux par hectare : « ça veut dire une production française entre 38 et 39 millions de tonnes, plus près de 39 que de 38 ».

En 2015, année de référence pour le blé tendre, « on était largement au-delà des 40 millions de tonnes, là, on fera un peu moins, mais ça restera dans les bons crus », estime auprès de l’AFP François Berson, pour qui les Hauts-de-France, dernière région à moissonner en raison de leur situation septentrionnale, doivent confirmer cette tendance. Dans cette région aussi, à en croire Philippe Pinta, qui cultive 100 hectares de blé dans l’Aisne, « c’est plutôt bon ». « Les mauvaises parcelles, chez moi, c’est 63 quintaux (à l’hectare), et dans les bonnes, ça va monter à trois chiffres. C’est plutôt une bonne surprise compte tenu de la chaleur qu’on a eue au mois de juin », estime-t-il.

Des différences de rendements qui s’expliquent avant tout par la qualité des sols. S’il a obtenu globalement « un rendement satisfaisant », entre 75 et 80 quintaux par hectare en moyenne, Alexandre Bachotet, céréalier à Lux (Côte d’Or), explique que dans ses parcelles en terres caillouteuses, la récolte se situe autour de quarante quintaux. « On a encore de la chance, dans notre village, d’avoir des terres de qualité, avec des limons de rivière, mais à 15 kilomètres sur les plateaux superficiels du chatillonais, c’est une catastrophe », indique à l’AFP Alexandre Bachotet.

Bonnes récoltes mondiales

« On voit bien que le climat change. J’ai du mal à voir l’avenir du monde agricole dans ces terres-là », explique-t-il. Ces terres-là ? Des sols argilo-calcaires, « avec cinq centimètres de terre, et après, ce sont les cailloux, la roche, où les racines du blé perdent leur capacité à pomper des éléments nutritifs », alors que les terres plus profondes retiennent l’eau. Mais si la France a obtenu de l’avis général une récolte de qualité, avec un taux de protéines de nature à lui permettre de se mêler à la lutte entre pays exportateurs, elle aura en face d’elle de sérieux rivaux. « Allemagne, c’est bon, Pologne, ce n’est pas mauvais, la Roumanie pas mal mais avec des problèmes qualitatifs », détaille François Berson. L’ogre russe, dont la production dicte depuis plusieurs années les prix sur les marchés mondiaux, pourra également s’appuyer sur une production conséquente. « On parlait de 84 millions de tonnes pour les plus optimistes, aujourd’hui, on est plutôt à 75, 76, ce qui reste une très bonne récolte », explique François Berson.

Le maïs français constitue également une « grosse inquiétude ».

« La seule chose qui retient les marchés, c’est le maïs américain, l’incertitude de la production américaine de maïs », affectée par de terribles précipitations, selon François Berson. Le maïs français constitue également une « grosse inquiétude » pour lui. « Le maïs n’a pas eu sa croissance normale, on aurait dû avoir un maïs qui me dépassait largement avec des panicules, c’est-à-dire des fleurs qui sortent à partir de la semaine passée. Aujourd’hui la canicule termine le travail désastreux de la sécheresse », témoigne ainsi Alexandre Hussenet, éleveur céréalier dans la Marne. S’il a connu une belle récolte de blé, il n’a pas eu la même chance avec son champ de féveroles, totalement grillé par la sécheresse. Cette culture prometteuse a connu « une fin de cycle catastrophique » avec des pertes de rendement de 60 à 70 %. Autre conséquence de la chaleur, pour Sébastien Jacquot, agriculteur voisin, « les machines souffrent : au-dessus de 40°C, les moteurs, tout ça, ça monte en température », explique-t-il, contraint de modifier ses horaires de moisson, car « la moindre surchauffe ou la moindre petite étincelle met le feu aux machines et donc à nos cultures ».