Engrais

L’Unifa tire la sonnette d’alarme après une campagne difficile


TNC le 26/11/2019 à 16:48
Le président de l'Unifa, Renaud Bernardi, demande aux pouvoirs publics de maintenir la compétitivité de l'industrie française de la nutrition des plantes (©TNC)

Le président de l'Unifa, Renaud Bernardi, demande aux pouvoirs publics de maintenir la compétitivité de l'industrie française de la nutrition des plantes (©TNC)

Dressant le bilan d’une année 2018 décevante, l’Unifa, qui représente les industriels de la fertilisation, a alerté le 26 novembre sur plusieurs sujets qui peuvent impacter le marché des engrais : nécessité de règles harmonisées pour une juste concurrence, mise en application du nouveau règlement européen sur la fertilisation, ou la nécessaire réduction des émissions d’ammoniac.

« On n’a pas connu une bonne campagne », a expliqué Renaud Bernardi, président de l’Unifa, organisation qui représente 96 % de la production française de fertilisants, lors du bilan annuel de la structure le 26 novembre. Tous les indicateurs sont en effet en baisse : baisse des emplois directs, passant de 4 000 à 3 656, fermeture de deux sites industriels importants, diminution des volumes de livraison (- 4 % par rapport à la moyenne des trois dernières campagnes)…

Ainsi, les livraisons d’éléments minéraux se sont élevées à 11 millions de tonnes (Mt), soit une diminution de 4 % par rapport à la campagne 2017/2018. Avec 8,7 Mt, les engrais minéraux et organo-minéraux accusent une baisse de 4 %, tandis que les amendements minéraux basiques chutent de – 6 %. Les engrais composés azotés accusent quant à eux une baisse de – 17 %. « Tous les éléments nutritifs baissent, sauf la potasse », explique le président de l’Unifa : – 4 % pour l’azote, en lien avec les conditions climatiques (hiver sec) et au recul des surfaces de colza, – 12 % pour le phosphore, – 11 % pour le soufre, – 6 % pour le magnésium.

« Dans ce contexte de difficultés qui menacent la compétitivité en France et en Europe, nous saisissons l’occasion d’alerter sur les conséquences de mesures économiques réglementaires trop restrictives ou coercitives qui accroitraient la vulnérabilité d’un secteur pourtant acteur majeur de la chaÏne agroalimentaire », souligne Renaud Bernardi.

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Un nouveau règlement européen des matières fertilisantes

Le nouveau règlement européen des matières fertilisantes, adopté en avril 2019, a été accueilli comme une opportunité pour l’Unifa. L’organisation souligne cependant l’importance du travail qu’il reste à réaliser pour une application effective au 16 juillet 2022. Le règlement instaure ainsi un étiquetage beaucoup plus précis, et classe les produits en catégories fonctionnelles en matière d’étiquetage, ce qui demandera un délai de transition.

Par ailleurs, 200 normes sont à modifier ou à créer pour la mise en place du nouveau règlement, ce qui demande un travail important aux industriels.

Réduction des émissions d’ammoniac : de « gros nuages » potentiels avec l’UE

L’Unifa, qui avait alerté en mars 2019 sur la nécessité de réduire les émissions d’ammoniac, a de nouveau émis des réserves quant à la difficulté de tenir les engagements pris par la France vis-à-vis de l’UE et donc au risque de contentieux.

En effet, « le scénario tendanciel (NDLR : issu de l’étude réalisée par le Citepa pour l’Unifa en 2018) prévoyait, sans mesures supplémentaires, une augmentation de + 3 % et + 4 % des émissions d’ammoniac par rapport à 2005, rappelle Renaud Bernardi, alors que la France s’est engagée à diminuer les émissions de – 4 % en 2020 et de – 13 % à horizon 2030 ».

Renaud Bernardi, président de l’Unifa. (©TNC)

Si l’on regarde la dernière campagne 2018-2019 en matière de consommation d’azote, on observe que 92,5 % de l’azote minéral apporté vient des engrais azotés simples, alors que, pour permettre une réduction des émissions d’ammoniac, l’effort doit justement porter sur ces engrais azotés simples. Il n’y a pas eu non plus de progression de l’urée avec inhibiteurs, note le président de l’Unifa, qui relève donc « une stagnation des formes les moins émissives et une progression des formes les plus émissives d’ammoniac ». « On n’est pas dans une répartition favorable au respect des engagements pris au niveau européen », conclut Renaud Bernardi. L’Unifa préconise de diffuser davantage le guide des bonnes pratiques, publié par la France dans le cadre du Plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (Prepa) pour favoriser l’utilisation des formes d’ammoniac les moins émissives.

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