Grève

L’inquiétude des Grecs sur leurs produits « macédoniens »


AFP le 17/02/2019 à 11:50

« La situation n'est pas claire » avec l'accord sur le nouveau nom de Macédoine du Nord : à l'instar de ce producteur de vin de Thessalonique, les Grecs s'inquiètent « du sort » des produits fabriqués dans leur province septentrionale et frappés du sceau « macédonien ».

« Cette bouteille est exportée dans 33 pays. En Chine ou au Brésil, saura-t-on de quelle région elle vient ? », se demande Yorgos Fountoulis, avec à la main une bouteille de vin portant une étiquette « Makedoniko » (macédonien en grec, ndlr) et une représentation d’Alexandre le Grand, roi du royaume macédonien de l’Antiquité. Yorgos Fountoulis, président de l’association des producteurs de vin du nord de la Grèce, s’interroge sur l’avenir de « cette indication géographique ». Il rappelle que son association rassemble 300 professionnels fabriquant quatre millions de bouteilles par an, soit 48 étiquettes différentes avec l’indication « Makedoniko » ou « Makedonia » (Macédoine). Car, pour les habitants de Macédoine, région septentrionale de la Grèce près de la frontière avec la Macédoine du Nord, cette dénomination prête désormais « à confusion, sur le marché ». Le pays voisin qui « jusqu’ici s’appelait République de Macédoine a nommé ses produits « macédoniens », ce qui pourrait être un problème pour les appellations » des deux pays voisins, estime également Syméon Diamantidis, membre du conseil d’administration de l’Union des exportateurs de la Grèce du nord.

À titre d’exemple, il évoque la société « Mama’s » en Macédoine du Nord, dont les produits sont nommés « macédoniens ». Cette société appartient à un membre de la famille du Premier ministre de Macédoine du Nord, Zoran Zaev, ce dernier étant lui-même actionnaire.

Vin et halva « makedoniko »

Or, côté grec, près de 4 000 produits, du vin au halva, sorte de nougat fondant au sésame, en passant par des produits laitiers ou des légumes, portent les appellations « makedoniko ». Environ la moitié sont exportés, tandis que 10 % seulement sont « d’appellation protégée », souligne à l’AFP Syméon Diamantidis. Pour bien faire la distinction, il suggère que les produits du pays voisin portent désormais le qualificatif « macédonien du Nord ». « La situation n’est pas claire et favorise le pays voisin », estime Yorgos Fountoulis. Il déplore que la question ne soit pas abordée dans le cadre de l’application de l’accord gréco-macédonien sur le nouveau nom, et que les discussions sur les marques commerciales commencent du « point zéro ». Si en Grèce le débat sur ce sujet est entré dans le vif, de l’autre côté de la frontière les producteurs ne sont pas inquiets pour l’instant : l’appellation « Macédoine » ou « macédonien » était déjà utilisée au niveau international depuis des années. Toutefois, le professeur grec des relations internationales à l’Université d’Oxford au Royaume-Uni, Antonis Tzanakopoulos, se veut rassurant. « Les marques ou les signes commerciaux sont toujours régis par le droit national ou en cas d’utilisation internationale, par des conventions internationales », dit-il à l’AFP.

Par exemple, le vin « macédonien » n’est pas une marque commerciale mais une indication géographique protégée qui, comme l’appellation d’origine protégée (AOP), est octroyée en vertu du droit européen. Elle n’évoque pas un pays mais seulement une région géographique dont seule la Grèce dispose », explique-t-il. Le nom « Macédoine », qui pour Athènes appartient à son patrimoine culturel et historique, était l’objet d’une querelle diplomatique entre les deux pays depuis presque trois décennies. Athènes refusait de reconnaître sous ce nom la petite république balkanique, devenue indépendante en 1991 après le démantèlement de l’ex-Yougoslavie. En juin, avec l’accord de Prespes (ou Prespa) sur le nom de « Macédoine du Nord », la Grèce a levé son veto sur l’adhésion de Skopje à l’Otan et l’UE. L’accord incite les entrepreneurs des deux pays à ouvrir le dialogue, avec des comités d’experts internationaux, de représentants de l’UE et des Nations unies, pour trouver des solutions sur les marques commerciales. « En tant qu’Union d’exportateurs grecs, il faut qu’on rencontre Zoran Zaev le plus tôt possible, avant que des problèmes n’apparaissent », plaide Syméon Diamantidis.