Étude Inra

Limiter les pertes de rendement « par le maintien d’une diversité d’adventices »


TNC le 28/11/2019 à 15:12
« En présence d’adventices, une forte équitabilité implique qu’aucune espèce d'adventice compétitrice, susceptible de générer des pertes de rendement, domine. » (©TNC)

« En présence d’adventices, une forte équitabilité implique qu’aucune espèce d'adventice compétitrice, susceptible de générer des pertes de rendement, domine. » (©TNC)

En étudiant les communautés d'adventices, des chercheurs de l’Inra et de la Scuola Superiore Sant’Anna à Pise (Italie) ont montré que « ces dernières ne génèrent pas toutes des pertes de rendement en l'absence de désherbage » et qu'une forte diversité d'adventices est associée « à un risque plus faible de perte de rendement ». Récemment publiés dans la revue Nature Sustainability, leurs résultats pourraient ouvrir de nouvelles perspectives de gestion des adventices.

« La nuisibilité des adventices a majoritairement été étudiée par le passé en se focalisant sur la compétition d’une espèce adventice sur une culture. Cependant, peu d’études ont quantifié l’effet d’une communauté complexe (plusieurs espèces adventices), ce qui est pourtant souvent le cas dans les parcelles agricoles. Les pertes de rendements importantes sont souvent dues à la dominance d’une ou quelques adventices compétitrices. Or, une plus grande diversité de caractéristiques biologiques au sein d’une communauté adventice peut permettre une complémentarité dans l’usage des ressources (lumière, eau, azote, …) que se partagent les adventices et la culture, et ainsi réduire l’intensité de la compétition », expliquent des chercheurs de l’Inra et de la Scuola Superiore Sant’Anna.

« Une plus grande diversité de caractéristiques biologiques génère… moins de pertes de rendement »

Ces derniers ont donc quantifié l’effet de communautés adventices présentes dans des parcelles agricoles sur le rendement de céréales d’hiver à travers 54 zones (36 non-désherbées, 18 désherbées au cours de la saison) et collectées durant trois années d’échantillonnage. Ils ont, tout d’abord, établi que « quatre communautés parmi les six identifiées génèrent des pertes de rendement, en absence de désherbage, variant de 19 à 56 % ». La diversité des adventices a, ensuite, été caractérisée.

« L’équitabilité(1) est maximale quand la biomasse des adventices est équitablement répartie entre les espèces. Les résultats montrent que quand l’équitabilité des adventices est élevée, la biomasse des adventices est faible, et la compétition avec la culture est réduite ». Dans ce cas, on observe des pertes de rendement minimales « car toutes les espèces produisent peu de biomasse ». Les auteurs démontrent également « un effet positif de la diversité fonctionnelle des adventices sur le rendement du blé, mais aucun effet sur la biomasse des adventices. Ceci indique qu’une plus grande diversité de caractéristiques biologiques génère une intensité de compétition plus faible entre culture et adventices, et donc moins de pertes de rendement ».

« Ces relations n’insinuent pas que les rendements élevés sont nécessairement associés à une forte diversité des adventices, mais plutôt qu’en présence d’adventices, une forte équitabilité implique qu’aucune espèce adventice compétitrice, susceptible de générer des pertes de rendement, domine. »

Les chercheurs insistent sur le fait que « d’autres études devront confirmer la généralisation de ces résultats dans d’autres situations de production (selon les régions, les cultures, le pool d’espèces adventices, …) ».

« Viser alors exclusivement les espèces compétitrices et dominantes »

Aujourd’hui, « les pratiques de désherbage tentent de limiter les espèces dominantes et compétitrices, mais elles ne sont pas sans conséquence sur l’ensemble de la diversité de la flore ». D’après leurs résultats, les chercheurs estiment que « les actions de désherbage devraient exclusivement viser les espèces compétitrices et dominantes ».

Les pratiques actuelles ne permettent, toutefois, pas de gérer une espèce particulière dans une communauté complexe. Les scientifiques ont donc conclu : « des travaux complémentaires sont nécessaires pour identifier si ces communautés adventices diversifiées peuvent résulter de la diversification des moyens de gestion de la flore adventice ».

À lire aussi : Des leviers pour limiter le développement d’adventices résistantes

Retrouvez l’étude complète publiée dans la revue Nature Sustainability.

(1) « L’équitabilité est un terme venu de l’écologie. Une communauté équitable indique que chaque membre (ici des espèces adventices) est présent en nombre ou poids (ici biomasse) équivalent, équitable, identique. À l’inverse, une communauté déséquilibrée, contient une ou plusieurs espèces qui dominent, qui ont un nombre, un poids (ici la biomasse) plus important que les autres. »