AOC Bourgogne

Les viticulteurs bourguignons s’insurgent face à un projet de révision de l’AOC


AFP le 05/02/2020 à 10:20

Les viticulteurs bourguignons ne décolèrent pas. Face à un projet de révision de l'aire d'appellation de l'AOC Bourgogne, examiné jeudi par le comité national de l'Inao qui gère les appellations agricoles françaises, ils dénoncent l'amputation de « secteurs entiers de la Bourgogne historique ».

La nouvelle délimitation proposée par l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) conduirait ainsi à « sortir 64 communes de Bourgogne de l’aire de production de l’AOC Bourgogne », en particulier dans les secteurs de Chablis, de Dijon et du nord de la Côte-d’Or, s’alarment les organisations professionnelles bourguignonnes.

Le projet de l’Inao maintiendrait en revanche la moitié des communes du Beaujolais qui peuvent déjà prétendre à l’appellation aujourd’hui, soit une quarantaine sur 386 qui composent la Bourgogne viticole, ce qui a achevé de mettre le feu aux poudres.

« La Bourgogne c’est la Bourgogne. Et le Beaujolais, c’est le Beaujolais », martèlent en cœur, depuis fin janvier, vignerons et élus de Côte-d’Or, de Saône-et-Loire et de l’Yonne, craignant une délocalisation de la production, une surproduction et à terme une baisse de l’image et du cours du bourgogne.

Les vins de Bourgogne sont « très gravement menacés », abondent douze députés et sénateurs régionaux de tous bords qui en appellent au ministre de l’agriculture et aux dirigeants de l’Inao face à ce qu’ils estiment être « une faute contre l’histoire, la géographie, l’économie ».

Les vignerons sont pourtant à l’origine de cette demande de révision, un dossier ouvert en 2000 : « La Bourgogne n’a jamais achevé son travail de délimitation initié en 1937 », une situation « devenue aujourd’hui problématique », expliquent leurs représentants.

Mais ils craignent que cette démarche se retourne aujourd’hui contre eux, dénonçant « l’absence d’écoute et de travail en concertation avec les producteurs ».

« Critères objectifs »

« Aujourd’hui on est dans la phase d’étude », tempère Gilles Flutet, responsable du service Territoires et Délimitation de l’Inao, qui se veut rassurant : s’il était validé jeudi, le projet ne serait pas immédiatement « inscrit dans le marbre » et « toutes les réclamations seraient étudiées » lors d’une consultation publique.

Pour établir cette nouvelle délimitation, le responsable met en avant la nécessité de « travailler sur des critères objectifs », sans se limiter au sol et au cépage.

« Les experts ont pour mission de définir ce qu’est la Bourgogne viticole » et se basent sur des éléments « liés au milieu naturel, mais aussi aux pratiques et usages », explique-t-il.

Les zones qui sortiraient de l’aire d’appellation ne choisissent d’utiliser que « très peu » l’AOC Bourgogne, souligne M. Flutet, qui prend en exemple la préférence souvent donnée à l’AOC Chablis dans l’Yonne.

Des arguments qui passent mal chez les viticulteurs. « On a du mal à comprendre comment on peut proposer d’exclure de la Bourgogne des producteurs qui y sont depuis des siècles », lance Thiébault Huber, président de la Confédération des appellations et vignerons de Bourgogne.

Il faut « enterrer » cette proposition dont les critères sont « proprement inacceptables » avant de « revoir la méthode de travail avec l’Inao pour coconstruire le dossier de délimitation », assène-t-il.

Bourgogne en Beaujolais

Le dossier a connu plusieurs rebondissements depuis 2000, dont le rejet d’une précédente délimitation par le Conseil d’État en 2014. À l’époque, ce sont les producteurs de bourgogne en Beaujolais qui s’estimaient discriminés.

« Notre cible n’est pas les vignerons du Beaujolais », assure aujourd’hui Thiébault Huber. Dominique Piron, président d’InterBeaujolais, dit d’ailleurs « comprendre tout à fait » la colère des Bourguignons face à l’exclusion de communes historiques : « le nom « Bourgogne » a de la valeur aujourd’hui dans le monde entier ».

Mais il compte aussi « protéger » ceux qui produisent du bourgogne dans le Beaujolais, ce qui ne concerne « qu’une petite partie » de cette région viticole située majoritairement dans le Rhône, au sud de la frontière bourguignonne.

Le Beaujolais figure « historiquement comme un vignoble de la Bourgogne », insiste de son côté l’Association des producteurs de bourgogne en Beaujolais, appelant à « ne pas confondre Bourgogne viticole et Bourgogne administrative ».

« Les viticulteurs en Beaujolais produisent à la fois des vins du Beaujolais, du Crémant de Bourgogne et du bourgogne, c’est une réalité de la production qui doit être reconnue » et qui « ne s’oppose pas au fait de revendiquer fièrement notre identité beaujolaise », selon l’association.

Les vignerons de Bourgogne appellent à un rassemblement jeudi devant le siège de l’Inao à Montreuil (Seine-Saint-Denis) où le comité national discutera du projet de révision.