Après l'interdiction du métam-sodium

Les maraîchers nantais obligés de revoir leur modèle


AFP le 13/03/2019 à 18:10

Chamboulés par l'interdiction récente du métam-sodium, un produit phytosanitaire à l'origine d'intoxications, les maraîchers nantais ont réclamé mercredi une revalorisation du prix de la mâche de 20 centimes par barquette vendue, pour préserver une filière de 4 000 emplois.

« Maintenant sur un chantier de récolte, ce sont huit personnes qui arrachent l’herbe devant la récolteuse, avant on était plutôt à une ou deux personnes, ça suffisait », explique Bertrand Redureau, maraîcher, dans une de ses parcelles de mâche à La-Chapelle-Basse-Mer (Loire-Atlantique) où des ouvriers, courbés en deux, traquent les brins indésirables. L’année dernière encore, il suffisait de répandre sur le sol avant plantation, du métam-sodium, un produit phytosanitaire qui faisait disparaître les champignons et les herbes… mais éliminait par la même occasion toute trace de biodiversité. En novembre 2018, l’Agence nationale de sécurité sanitaire a définitivement interdit l’utilisation de ce produit phytosanitaire après l’intoxication de 81 personnes dans le Maine-et-Loire et en Vendée.

Mais cette « décision couperet » met en danger la filière de la mâche et ses 4 000 emplois, selon la fédération des maraîchers nantais qui compte dans son giron quelque 200 PME de Loire-Atlantique. « On ne sait pas du tout où on va, c’est compliqué, quand il faut virer les salaires à la fin du mois et verser les cotisations à la MSA, forcément ça change beaucoup… », confie de son côté Nadine Bourasseau, maraîchère à la tête d’une centaine d’hectares, qui a dû embaucher « cinq à six personnes de plus en moyenne à l’année » pour désherber ses champs. « Le surenchérissement du coût de production est 30 à 40 % » donc « il faut une hausse de 20 centimes d’euros sur la barquette » de mâche, chiffre Philippe Retière, président de la fédération des maraîchers nantais, qui ne précise pas clairement si l’effort doit être supporté par la grande distribution ou le consommateur. « On ne fait pas la guerre à la grande distribution, on ne fait pas la guerre au modèle industriel », glisse-t-il toutefois. Avec 35 000 tonnes de mâche par an, le bassin nantais représente 85 % de la production nationale et plus de la moitié de la production européenne.

Rotation des cultures

Les alternatives au métam-sodium restent limitées : outre le désherbage manuel, la désinfection à la vapeur est jugé coûteux et contraignant par la fédération, qui prône plutôt l’installation de serres en plastique, un dispositif encore peu développé qui protège la mâche, ou la rotation culturale. «Ici avant on faisait trois voire quatre (cultures) de mâche par parcelle, on va redescendre à deux cultures par an et par parcelle», envisage Bertrand Redureau, qui donne ainsi à la terre la possibilité de se régénérer. Mais pour pratiquer la rotation des cultures en conservant les mêmes rendements, les maraîchers doivent avoir suffisamment d’hectares et cherchent pour cela à s’étendre, notamment en Vendée et Maine-et-Loire. Cette stratégie expansive trouve ses limites en raison de l’urbanisation et de la pression foncière qui rendent « difficile de conquérir de nouvelles surfaces pour répondre à la demande », analyse Philippe Retière. La rotation a déjà fait ses preuves en agriculture biologique, mais « la très grande différence c’est qu’en bio, on est sur du maraîchage diversifié, avec parfois une trentaine de légumes présents sur les fermes », note Julien Taunay, coordinateur régional des agriculteurs biologiques des Pays de la Loire, qui recense 480 exploitations maraîchères en 2018. « Le fait qu’on ne soit pas sur une monoculture mais une rotation permet de casser les cycles naturels des plantes et des champignons qu’on ne souhaite pas. C’est par cette approche agronomique, de la rotation et de l’assolement, qu’on arrive à se passer des produits chimiques », explique-t-il. La production de mâche bio reste cependant marginale, selon la fédération des maraîchers nantais, qui doit aussi répondre à une forte demande sur les marchés français et européen, où la mâche française est concurrencée par celles d’Allemagne et d’Italie.

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