Vin

Les enchères des Hospices de Beaune prévues dimanche


AFP le 19/11/2021 à 13:35

Négociants, importateurs et acheteurs du monde entier sont attendus dimanche pour les enchères caritatives des Hospices de Beaune, dans l'est de la France, considérées par les experts comme un baromètre international pour le marché des vins de prestige.

Alors que les caprices de la météo ont considérablement réduit les volumes du millésime 2021 en Bourgogne, le maire de Beaune Alain Suguenot espère voir « s’enflammer » ces enchères annuelles au profit de « nobles causes », comme il l’écrit dans le catalogue de présentation de Sotheby’s.

La maison américaine rachetée par le magnat français des télécoms et des médias, Patrick Drahi, prend cette année le relais de sa concurrente britannique Christie’s qui pilotait depuis 2005 la vente prestigieuse. Son objectif : développer ses ventes de vins en France.

Signe des temps, seulement 349 « pièces » de primeurs rouge et blanc, des fûts de 228 litres correspondant à 288 bouteilles, seront proposées cette année aux acquéreurs sous les halles de Beaune – contre 630 l’an dernier.

Le clou des enchères, la « Pièce de Charité », ou « Pièce du Président », sera un fût de Corton Renardes Grand Cru, vendu au profit de « Solidarité Femmes », un réseau associatif dédié aux victimes de violences conjugales, et de l’Institut Curie, pour la recherche contre le cancer du sein.

En 2020, c’est un acheteur chinois qui avait acquis la « Pièce du Président » pour 660 000 euros. Le précédent record, 480 000 euros remontait à 2015, grand millésime.

Au total, les 630 pièces adjugées aux enchères de 2020, marquées par les restrictions sanitaires liées à la pandémie de Covid-19 avaient rapporté 13,4 millions d’euros (sans frais) -soit une moyenne d’environ 20 200 euros le tonneau.

Les bénéfices de la vente sont destinés à l’entretien du patrimoine et à la modernisation des équipements hospitaliers de l’institution fondée au XVe siècle.

Placement en vogue

Comme le veut la tradition, la première pièce proposée aux enchères dimanche sera un Beaune Premier Cru, Cuvée des Dames Hospitalières, du nom des religieuses qui s’occupèrent des malades dès la fondation des Hospices en 1443. Mise à prix : entre 8 000 et 12 000 euros, selon le catalogue de Sotheby’s.

Créée en 1959, la vente des Hospices de Beaune est considérée par les experts comme un indicateur de prix pour le nouveau millésime en Bourgogne même si, du fait de sa vocation charitable, ses ventes dépassent généralement les cours habituels.

Alors que le vin – comme l’art – est devenu un placement financier en vogue depuis la crise financière de 2008, ces enchères attirent avant tout les gros investisseurs. Les fûts de vins en primeur sont conservés pendant deux ans chez les vignerons négociants avant d’être livrés.

En progression constante à l’export, les vins de Bourgogne ont perdu environ la moitié de leur récolte cette année avec, notamment, un printemps marqué par un épisode de chaleur suivi de gelées, puis un été très pluvieux : le volume attendu pour le millésime 2021 est d’environ 750 000 hectolitres contre 1,56 million en 2020.

La récolte a été « historiquement faible » dans le domaine viticole des Hospices de Beaune qui réunit sur 60 hectares les plus grands crus de Bourgogne (pommard, volnay, meursault, chassagne-montrachet, corton, pouilly-fuissé, mazis-chambertin…), selon Ludivine Griveau, la régisseuse du domaine.

Depuis 2010, la Bourgogne n’a bénéficié que de deux années « normales », 2017 et 2018, selon le bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB).

En 2016, une année compliquée, avec des volumes en baisse du fait d’aléas climatiques, les prix ne s’étaient pas envolés : les enchères avaient alors permis de recueillir 7,7 millions d’euros contre 11,3 l’année précédente.