Marché des céréales

Le retour des acheteurs fait monter les prix des grains


AFP le 18/01/2023 à 18:20
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La tonne de blé meunier est passée la semaine dernière sous la barre des 290 €/t, un niveau approchant les prix d'avant-guerre (©Pixabay)

Après des semaines de baisse des prix, les cours des céréales remontaient mercredi, faisant un rebond lié à des achats en hausse et sans doute aussi à l'incertitude née de déclarations du président russe Vladimir Poutine.

Après des semaines de repli des cours des céréales sur le marché européen, « on va probablement marquer un palier », estime Edward de Saint-Denis, courtier chez Plantureux & Associés. Depuis début janvier, le blé européen s’est moins bien vendu du fait de la concurrence de la production de la mer Noire, notamment russe, tout en pâtissant de la hausse de l’euro face au dollar.

Sur Euronext, la tonne de blé meunier est passée la semaine dernière sous la barre des 290 euros et le maïs, qui résistait un peu mieux, s’échangeait mercredi autour de 280 euros la tonne.

Ces derniers jours, « les prix ont baissé plus vite que le renchérissement de l’euro (par rapport au dollar), ce qui a redonné de la compétitivité aux produits européens », a relevé Edward de Saint-Denis.

Cette baisse des prix a favorisé le retour des « acheteurs traditionnels » en Europe : notamment l’Afrique du Nord, mais aussi le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou la Mauritanie, note Sébastien Poncelet du cabinet Agritel. Il pourrait y avoir quelques bateaux français dans le dernier appel d’offres de l’Algérie, qui vient d’acheter 600 000 tonnes de blé tendre pour livraison en mars, indique-t-il.

« Besoin de réserves »

À cela s’ajoute l’ incertitude née des déclarations tenues mardi soir par le président russe lors d’une réunion en visioconférence avec son gouvernement consacrée au secteur agricole. Evoquant les revenus des entreprises du secteur agricole, Vladimir Poutine a déclaré: « On ne peut pas permettre que tout soit emporté à l’étranger : malgré toutes les restrictions logistiques et celles de fret et d’assurance, tout cela va se vendre comme des petits pains, vous comprenez ? Cela se vend déjà ».

« C’est pourquoi nous avons absolument besoin de réserves. Nous ignorons quels seront les résultats du travail du secteur agricole en 2023 », a-t-il ajouté, évoquant les incertitudes climatiques en Europe. « Qu’est-ce qu’il se passera ici, chez nous ? Nous ne pouvons le savoir (avec certitude). C’est pourquoi nous avons absolument besoin de réserves stables, absolument », a-t-il répété.

Plusieurs opérateurs estiment que la remontée des cours des céréales depuis ce mercredi matin est « aussi liée » à ces déclarations. « Est-ce que cela prépare à des décisions sur les réserves stratégiques et les quotas russes ? », s’interroge Sébastien Poncelet. Les quotas d’exportation de céréales russes pour 2023, qui doivent entrer en vigueur le 15 février, sont généreux (plus de 25 millions de tonnes, soit plus du double de l’année précédente) et n’entravent donc pas les ventes de l’exceptionnelle récolte russe.

Faiblesse du maïs américain

« On n’a pour le moment aucune indication concrète qu’il y aurait un changement de politique, mais le fait que Vladimir Poutine confie ce dossier à son Premier ministre n’est pas anodin », souligne Damien Vercambre, courtier au cabinet Inter-Courtage.

Si on n’était pas en guerre, avec son cortège de manipulations, « ce genre de déclarations aurait fait flamber les cours. Là (…) cela reste modéré. On attend de voir », glisse un analyste sous couvert d’anonymat.

La Russie, dont la récolte pourrait dépasser les 95 millions de tonnes selon des observateurs européens, s’est placée en arbitre sur le marché : elle détient aujourd’hui près de 35 % des stocks de blé des pays exportateurs.

Aux Etats-Unis, où la sécheresse persistante dans les grandes plaines continue d’inquiéter, le maïs s’est enchéri après le dernier rapport du ministère de l’agriculture (USDA) qui a sensiblement revu à la baisse ses prévisions de production mondiale de grain jaune pour la campagne en cours.

La production américaine de maïs a été amputée de 5 millions de tonnes, tandis que l’inquiétude grandit pour les récoltes brésilienne et surtout argentine en raison du manque d’eau. « La faible demande pour le maïs américain reste un problème », pour Jack Scoville, de Price Future Group, d’autant que le rebond de la demande chinoise se fait attendre.