Élections européennes

La pomme polonaise accusée de « déstabiliser » le marché français


AFP le 05/05/2019 à 17:20

La pomme polonaise, bénéficiant de conditions de production plus souples qu'en France, déstabilise tout le marché français des pommes et des fruits de table, se plaignent les producteurs français à quelques semaines des élections européennes.

« En ce moment, les pommes polonaises arrivent sur les marchés de gros en France entre 20 et 40 centimes le kilo, alors qu’elles sortent des exploitations françaises à 1 euro le kilo pour couvrir les frais de production », indique à l’AFP Josselin Saint-Raymond, directeur de l’association des producteurs de pommes et poires, qui regroupe les deux tiers des producteurs français. « Nous ne nous battons pas avec les mêmes règles que le reste de l’Europe, la France est beaucoup plus stricte sur les pesticides, ce qui induit des désavantages compétitifs », regrette Daniel Sauvaitre, président de cette association.

« La surproduction polonaise vient d’une distorsion de concurrence intra-européenne flagrante, car la Pologne a bénéficié d’aides européennes importantes et a été déraisonnable sur les volumes de plantation (subventionnées), tout en utilisant des produits phytosanitaires interdits en France pour protéger ses fruits », affirme-t-il.

Il cite aussi un « dumping social » rendu possible par l’emploi de main d’œuvre ukrainienne à bon marché en Pologne, qui menacerait la survie de producteurs français, alors que ces derniers ont procédé à l’arrachage de grandes surfaces de pommiers depuis une vingtaine d’années pour survivre.

Risque de « francisation »

Daniel Sauvaitre, qui est producteur en Charente, regrette par ailleurs l’absence de « traçabilité » des pommes polonaises. Il critique particulièrement « l’attitude des services de l’Etat français » qui « considèrent que chaque caisse importée n’a pas à être étiquetée individuellement dès lors que toutes sont attachées sur la même palette dûment étiquetée ». « Or, les producteurs français subissent de lourdes amendes si une seule cagette n’est pas étiquetée », souligne-t-il.

Selon lui, cette situation ouvre la voie à un risque de « francisation » : des pommes d’origine polonaise pourraient très facilement être revendues sur les étals comme françaises par des intermédiaires peu scrupuleux, qui empocheraient ainsi une marge confortable, comme cela a été récemment le cas dans une affaire de kiwis italiens mise au jour après plus de deux ans d’enquête par la répression des fraudes (DGCCRF).

« En ce moment, on retrouve les pommes polonaises dans la restauration collective, dans les cantines, où la seule règle d’achat est le moins cher », ajoute-t-il.

La Pologne, premier producteur de pommes en Europe et premier exportateur mondial, connaît des difficultés à exporter ses fruits depuis l’imposition en 2014 d’un embargo commercial de la Russie sur tous les produits alimentaires européens. Avant l’embargo, le pays écoulait près d’un million de tonnes de pommes par an en Russie, son premier marché. Or la récolte polonaise de pommes a augmenté de 23 % en 2018 par rapport à la moyenne des années 2014 à 2016. Et elle a aussi été abondante dans les pays voisins, en Russie, en Ukraine, au Belarus, en Moldavie et en Serbie.

En 2018, « nous avons eu une récolte record, environ 4,8 millions de tonnes et nous pensons qu’un autre million de tonnes a été laissé sur les arbres », confirme à l’AFP Slewomir Maliszewski, président de l’union des arboriculteurs de Pologne. Il affirme néanmoins ne « pas croire » qu’on puisse vendre en France des pommes polonaises « pour 20 centimes d’euro le kilo », même au prix de gros : selon lui, aujourd’hui, « un arboriculteur polonais touche près de 25 centimes pour un kilo », sans compter le coût de la sélection, du transport, de l’emballage, et la marge des intermédiaires. Il admet néanmoins que cela a pu être le cas « à l’automne dernier » sur la « pomme industrielle », que les producteurs vendaient alors « 2 centimes le kilo ».