Nouvelle coopérative géante du champagne

La coopération, « circuit court par excellence », selon le DG


AFP le 16/12/2021 à 17:20

L'union fait la force. Champagne Nicolas Feuillatte a absorbé CRVC, un autre groupement coopératif du prestigieux vignoble, et rassemble désormais 6 000 vignerons. Christophe Juarez, directeur général du nouvel ensemble baptisé Terroirs & Vignerons de Champagne, vante les mérites des coopératives face aux grands groupes comme LVMH.

Il était déjà directeur général du Centre vinicole-Nicolas Feuillatte.

Pourquoi cette fusion-absorption de deux groupes coopératifs champenois ?

« Elle représente un mouvement significatif du vignoble qui désire montrer sa volonté de s’organiser, de se structurer, de s’adapter à un monde et à des marchés en mouvement, qui deviennent difficiles et pour lesquels il faut préparer l’avenir.

Depuis une dizaine d’années, le rendement de la vigne en Champagne connaît une tendance significative à la baisse, pour des raisons climatiques mais aussi environnementales, avec des pratiques culturales utilisant moins d’apports externes notamment.

On observe aussi une concentration des acteurs. Les cinq premières Maisons de champagne – dont fait partie Nicolas Feuillatte – représentent aujourd’hui 28 % de l’ensemble des ventes contre 20 % il y a dix, quinze ans.

Cette concentration s’explique notamment par la montée en puissance de l’international. Ce sont des marchés plus complexes, plus coûteux, avec un temps de développement plus long. Cela favorise les grands opérateurs qui ont la surface financière et les ressources humaines nécessaires.

Le marché français a été extrêmement affecté par une politique de promotions à outrance menée par la grande distribution depuis des années. Cela a abîmé l’image de l’appellation. »

Quel est le principal défi de votre nouveau groupe ? 

« Nous sommes déjà leader sur le marché français (ndlr : la maison de champagne Nicolas Feuillatte, et non le groupe). Il s’agit maintenant de nous développer davantage sur les grands marchés internationaux que sont les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon, des pays où nous sommes déjà présents.

Cette année, il faut saluer l’engouement des pays anglo-saxons – États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Australie – qui réalisent des scores tout à fait spectaculaires en matière de consommation de champagne. »

Est-ce que le fait d’être une structure coopérative constitue un atout par rapport aux groupes privés ?

« Oui car on maîtrise le processus du début à la fin.

Aujourd’hui, il est très à la mode de parler de circuits courts, de connexions directes entre le consommateur et le producteur. La coopération est un circuit court par excellence.

Je maîtrise l’intégralité de cette chaîne humaine qui va du travail de la vigne au verre de champagne en passant par la vendange, l’assemblage, le vieillissement, la commercialisation.

Lorsqu’un consommateur achète une bouteille Nicolas Feuillatte ou Castelnau, il achète d’une certaine manière directement au vigneron qui est adhérent chez nous.

Notre rôle est aussi d’aider nos vignerons à accéder à de nouveaux métiers, à s’engager dans les démarches environnementales, dans les démarches de certification, dans le développement de leur savoir-faire. »