Viticulture et changement climatique

En Grèce, le retour aux cépages locaux pour résister au réchauffement


AFP le 21/12/2019 à 09:50

Malagousia, Xinomavro ou encore Limnio : avec la montée des températures, les viticulteurs du nord de la Grèce remettent au goût du jour des cépages ancestraux qu'ils considèrent comme le meilleur « remède au réchauffement climatique ».

À vingt-cinq kilomètres au sud de Thessalonique, sur les rives de la mer Égée, les parcelles de vignes forment un patchwork de couleurs automnales. Le domaine de Vangelis Gerovassiliou s’étend sur plus de 7 hectares. Depuis 45 ans, cet oenologue et producteur de vins travaille le Malagousia, un cépage grec longtemps oublié.

Certes, « sa maturité s’est accélérée de deux à trois semaines », observe le viticulteur. « On avait l’habitude de vendanger début septembre, désormais la récolte se déroule aux alentours du 10 ou 15 août ».

Mais les cépages grecs, comme le Xinomavro ou le Limnio, qui existe depuis 3 000 ans, « résistent très bien », se félicite M. Gerovassiliou. « Ils ne subissent pas le réchauffement climatique, ils s’adaptent », explique-t-il.

Le raisin mûrit plus lentement qu’avec les cépages « étrangers » comme le Merlot, dont la maturité anticipée provoque une « augmentation du taux d’alcool » non souhaitable, selon M. Gerovassiliou.

« Terres propices »

Pour lui, le changement climatique est « l’occasion pour les vignerons grecs de revenir aux cépages originels et de choisir soigneusement l’emplacement des vignes sur des terres propices ».

C’est aussi la voie privilégiée par Angelos Iatridis. Lorsque cet oenologue a décidé d’investir dans un vignoble au milieu des années 90, il a d’abord jeté son dévolu sur un terroir à quelques kilomètres de la frontière avec la Macédoine du Nord pour « protéger l’exploitation des phénomènes météorologiques extrêmes ».

A une altitude comprise entre 620 et 710 mètres, ses vignes sont entourées par trois montagnes et deux rivières. « Un écosystème fermé » d’environ 20 hectares, qui abrite quatre stations météo permettant un suivi quotidien du climat.

Or le viticulteur a remarqué « une diminution des averses, ces dernières années, mais une augmentation de leur intensité ». « L’ensoleillement s’est également accentué, mais c’est quelque chose de positif pour nous », note M. Iatridis, qui a fait du Xinomavro le cépage principal de son exploitation.

Les conséquences du réchauffement climatique sont différentes selon les régions de Grèce et les cépages, confirme Stefanos Koundouras, chercheur au Laboratoire de viticulture à la Faculté d’Agriculture de l’Université Aristote de Thessalonique.

Dans les zones côtières par exemple ou sur les îles, comme à Santorin, les hausses des températures ont des « effets négatifs » qui rendent « difficile la maîtrise du taux d’alcool », explique cet expert.

« Selon leurs caractéristiques, leurs cycles et le temps de maturité des raisins, les cépages ne réagissent pas de la même manière aux hausses des températures », insiste M. Koundouras, estimant que « les vignerons ont une connaissance encore assez limitée de la question ».

« Pas de plan d’action »

Les producteurs du nord de la Grèce sont les premiers à avoir adapté leur travail à la nouvelle donne climatique. Mais cette prise de conscience et la mise en place de mesures concrètes restent isolées à l’échelle du pays.

« Nous n’avons pas encore de plan d’action », admet Yannis Voyatzis, président de l’Organisation nationale interprofessionnelle du vin en Grèce.

« On commence à s’interroger, mais la variété des régions et des cépages représente une réelle difficulté dans la mise en place d’une politique nationale », dit-il à l’AFP, évoquant également la prolifération des domaines qui transforme le paysage viti-vinicole grec.

Pour l’heure, « il va falloir trouver des solutions », prévient encore Stefanos Kounderas, qui a publié en 2017 une étude sur les conséquences du réchauffement climatique sur la production du vin en Grèce.

Mieux irriguer, maîtriser la végétation au sol et l’effeuillage, choisir des porte-greffes adaptés ou réfrigérer les raisins vendangés figurent parmi d’autres pistes suggérées.

Mais « rien ne peut être complètement concluant », avertit M. Koundouras, estimant que le changement des cépages semble encore être la meilleure solution.