Bordeaux

Deux châteaux condamnés en appel après des épandages de fongicides


AFP le 18/11/2020 à 17:31

Deux châteaux du Bordelais ayant procédé en 2014 à l'épandage de fongicides près d'une école où des élèves et une enseignante avaient été pris de malaises ont été condamnés mercredi en appel à 5 000 euros d'amende avec sursis, a-t-on appris auprès d'avocats.

Le parquet général avait fait appel de la relaxe prononcée par le tribunal correctionnel de Libourne en avril 2019 au profit des châteaux Castel La Rose et Escalette (appellation Côtes de Bourg) qui étaient poursuivis notamment par la Sepanso (affiliée à France Nature Environnement) pour « utilisation inappropriée de produits phytopharmaceutiques ».

En mai 2014, des élèves et une enseignante de l’école primaire de Villeneuve-de-Blaye s’étaient plaints notamment de picotements aux yeux et de maux de gorge, immédiatement après l’épandage sur les vignes voisines de fongicides. L’enseignante avait dû être hospitalisée une journée.

« C’est une victoire pour les enfants, pour l’environnement, pour le bon sens », a réagi auprès de l’AFP l’avocat de la Sepanso Me François Ruffié, confirmant la décision de la Cour d’appel révélée par le quotidien Sud Ouest.

« On demandait uniquement l’application de « moyens appropriés » (de traitement des vignes) prévus par les textes. La Cour a estimé qu’il n’avait pas été fait usage de moyens appropriés. » Cette affaire, d’abord classée sans suite avant l’ouverture d’une information judiciaire à Libourne, « a fait beaucoup de bruit et fait évoluer le discours, les pratiques » des viticulteurs, a-t-il ajouté. La cour demandait aux prévenus si leurs pratiques avaient changé, et « désormais ils préviennent (des épandages), ils choisissent des plages horaires appropriées, et arrêtent quand on leur demande d’arrêter », a ajouté Me Ruffié.

Pour l’avocate du château Escalette (agriculture biologique), Me Sophie Clavel, la décision est « profondément injuste ». « L’arrêt dit que mes clients n’avaient pas d’anémomètre (instrument de mesure du vent, ndlr) et n’ont (donc) pas mis en œuvre tous les moyens appropriés » pour éviter que les épandages ne se répandent au-delà des parcelles, a expliqué à l’AFP Me Clavel.

« Or le texte général qui dit que des moyens suffisamment appropriés doivent être mis en œuvre (….) n’en fait pas la liste précise. On les condamne sur la base d’un texte imprécis. Alors que le gérant est un homme extrêmement respectueux de la terre, qui ne fait pas des épandages à la va vite sans se ficher des conséquences… » « C’est aussi une décision en demi teinte, car oui (les deux châteaux) sont condamnés mais la condamnation reste légère parce que la cour sait pertinemment qu’ils servent d’exemple », a-t-elle ajouté, estimant que l’arrêt est « destiné à faire jurisprudence et à moderniser les pratiques » viticoles.

Les châteaux ont aussi été condamnés à verser solidairement 3 000 euros de dommages et intérêts à chacune des deux parties civiles, la Sepanso et Générations futures.