Cultures en sortie d'hiver

« L’implantation est réussie, maintenant il faut de l’eau »


TNC le 29/03/2019 à 18:02
Jean-Louis Caquineau est satisfait de son mélange céréalier bio triticale-pois implanté sur 100 ha après des cultures de printemps. (©Nathalie Tiers)

Jean-Louis Caquineau est satisfait de son mélange céréalier bio triticale-pois implanté sur 100 ha après des cultures de printemps. (©Nathalie Tiers)

Dans les plaines de Vendée, les désherbages de rattrapage viennent de s’achever avec un succès variable sur des céréales bien verdoyantes. Cependant, si les pluies ne s’annoncent pas dans les prochains jours, les irrigants pourraient rapidement déclencher l’offensive.

« À ce stade, les céréales sont très jolies. Tout va se jouer à partir de maintenant : il faut de l’eau fin mars – début avril pour le troisième apport d’azote. Pour le blé de qualité meunière, nous prévoyons en outre un quatrième apport fin avril-début mai. » Polyculteur-éleveur à Aziré dans les plaines du sud de la Vendée, à 20 km à l’ouest de Niort, Jean-Luc Caquineau est satisfait de l’état de ses cultures d’hiver aux premiers jours du printemps. Avec son associé il est à la tête d’une exploitation de 400 hectares dont 150 ha de prairies pour le troupeau allaitant de 130 mères, et 250 ha de cultures irrigables. Actuellement en deuxième année de conversion à l’agriculture biologique, la SCEA Les Fuies possède encore une cinquantaine d’hectares en culture conventionnelle. « Notre projet est de les convertir en bio également afin de simplifier l’assolement et de développer la production de légumes verts et secs pour lesquels la demande du marché est forte », indique Jean-Luc Caquineau, par ailleurs président de l’organisation des producteurs de légumes de la Cavac. Pour le moment, ces surfaces sont couvertes de blé meunier et d’orge semés fin octobre à début novembre. Leur levée a été satisfaisante et le désherbage de prélevée « efficace à 85 % » estime l’agriculteur. Le traitement était composé de l’anti-graminées Minarix à 3,5 litres/ha associé à l’anti-dicotylédones Cent-7 à 0,5 litre/ha. « Nous observons un développement des résistances chez le ray-grass et le pâturin, souligne Jean-Luc Caquineau. Cela semble concerner davantage les champs non labourés, sachant que nous pratiquons tous types de travail du sol en fonction de la météo et du précédent. »

La herse étrille pour minéraliser

Pour lutter contre ces adventices résistantes, l’agriculteur teste des solutions mécaniques inspirées notamment des pratiques adoptées en agriculture biologique. « En février, nous avons pour la première fois utilisé la herse étrille sur blé après l’apport de 150 kg/ha d’engrais 18-46. L’objectif était surtout que le sol s’ouvre et se réchauffe afin de favoriser la minéralisation. Mais cela a aussi un effet sur les adventices. » Cette tentative n’a toutefois pas permis d’éviter un désherbage de rattrapage avec l’anti-graminées Altess à 1 litre/ha, notamment contre les ronds de folle avoine dans les blés. Les orges, dont le port des feuilles est plus couvrant, n’en ont pas eu besoin en revanche.

Côté bio, une centaine d’hectares seront bientôt semés en maïs, et l’autre centaine a été implantée en mélange céréalier triticale-pois vers le 20 novembre, suite à du maïs, du tournesol et du haricot vert. Ils seront récoltés en grains pour approvisionner l’usine d’aliments bio de la coopérative Cavac. Dans ces parcelles, l’agriculteur a employé la herse étrille début janvier. Après l’apport de quatre tonnes par hectare de fientes de volailles mi-février, un second passage à la herse étrille a été effectué. « Cela a très bien fonctionné. La culture est bien développée, on observe quelques adventices mais ce ne sont pas des graminées donc ça ne présente pas de risque. »

Double désherbage à l’automne

Conseiller en cultures pour la Cavac, Stéphane Vinet suit une centaine d’exploitations entre Niort et Fontenay-le-Comte. « L’implantation des céréales d’hiver est globalement très bonne, mais nous allons avoir besoin d’eau rapidement, confirme-t-il. Avec le vent d’Est, et le soleil annoncé dans les prochains jours, l’évaporation est importante et les éléments minéraux seront bientôt mal assimilés par les plantes. Certains agriculteurs parlent déjà de déclencher l’irrigation début avril. »

Les agriculteurs du sud-Vendée attendent l’eau pour programmer leur troisième apport d’azote. (©Nathalie Tiers)

Selon le technicien, les premiers mois de mise en place des céréales ont surtout été marqués par les problématiques de désherbage. L’émergence de résistances en ray-grass, vulpin, pâturin, mais aussi séneçon et coquelicot, pousse à l’intensification des traitements sans garantie de résultat. « Le désherbage d’automne est désormais indispensable, bien que son efficacité soit très dépendante des conditions climatiques, constate-t-il. Dans 15 % des cas, il y a même une double application en prélevée et au stade une à trois feuilles du blé. Quant aux rattrapages achevés la semaine dernière, et plus fréquents que l’année dernière, leurs résultats sont très aléatoires. Ils fonctionnent sur folle avoine mais pas sur vulpin. » Pour Stéphane Vinet, l’allongement des rotations avec l’introduction de cultures de printemps, de protéagineux ou encore de luzerne, s’impose pour sortir des impasses. Mais l’irrigation est souvent nécessaire pour permettre une telle diversification.