Agroalimentaire

Que mangerons nous en 2050 ? L’agroalimentaire face à ses tiraillements


AFP le 26/10/2018 à 16:07

En 2050, nous nourrirons-nous de gélules, barres énergétiques bio et solutions lyophilisées à boire? Le salon international de l'alimentation Sial, qui a fermé ses portes jeudi près de Paris, a illustré les tiraillements de l'agroalimentaire entre toujours plus de technologie et des ingrédients toujours plus naturels.

Alors que s’exposait une « food tech » française très créative – même si elle manque de capitaux de développement – proposant des substituts de repas équilibrés pour sportifs ou urbains suractifs sur fonds de robotisation de l’environnement culinaire, plusieurs experts préfèrent mettre en avant le retour de la « naturalité » et du sain. 

L’envolée du bio, la déferlante des protéines végétales et des légumineuses, lentilles, haricots secs, pois chiche, en remplacement d’une partie de la viande accusée de nuire à l’environnement, ont marqué le rendez-vous biennal de la planète alimentation à Villepinte, près de Paris. « Pour la nourriture de demain, on va vers une individualisation, c’est certain. Il y a déjà beaucoup de régimes différents selon que vous êtes gros, maigre, sportif, intolérant au gluten ou diabétique, on parle maintenant de l’arrivée de la « nutrigenomics », la nutrition accordée à la génétique, mais on y va de manière naturelle, avec des vitamines, des ferments naturels », résume pour l’AFP Xavier Terlet, du cabinet XTC, en conclusion du salon.

Malgré la croissance rapide d’une startup comme Feed, qui s’est alliée au chef cuisinier Thierry Marx pour lancer une gamme bio de substituts de repas à boire, Xavier Terlet « ne croit pas une seconde » à la généralisation de ce type de « repas » qui affirme lutter contre la malbouffe. « D’abord, ce n’est pas nouveau. C’est un non-produit alimentaire destiné aux gens qui n’ont pas de temps, et qui n’associent pas manger avec plaisir. Cela peut avoir un intérêt uniquement en situation contrainte », souligne-t-il. Même son de cloche chez Claude Boiocchi, consultant, philosophe de formation, et contributeur régulier du site Alimentation générale, qui qualifie les produits de ce type de  «nourriture extra-humaine » pour des gens qui entretiennent une « mauvaise » relation avec leur corps.

« Potion magique ? »

« Pour avoir accompagné des traders se nourrissant à 80 % de sodas et de barres de céréales, qui deviennent agités ou dépressifs, ou des jeunes connaissant de graves troubles de l’alimentation, je plaide plutôt pour que les gens connaissent mieux leurs corps, ses besoins et ses limites, et qu’ils envisagent le repas comme un partage, plutôt que de s’en remettre à une « potion magique » », qu’il qualifie de « piège ».

Le salon a néanmoins illustré un intérêt croissant des consommateurs pour les fonctionnalités de la nourriture sur le système digestif. L’Institut national de la recherche agronomique (Inra) français parraine une « microbiotech » pointue centrée sur l’entretien et le soin de la flore intestinale. Dans ce secteur, toute une famille de produits fermentés et naturels, a été mise à l’honneur, des yaourts aux kefirs (boissons issues de la fermentation du lait avec des levures naturelles) en passant par les kombuchas (boissons acidulées obtenues grâce à des levures avec des thés ou tisanes) ou les kimchi coréens (choux fermentés), fait valoir Xavier Terlet. Venu présenter les bienfaits de la nourriture coréenne pour la santé, Junghoon Moon, enseignant à l’université nationale de Séoul, s’est félicité auprès de l’AFP de voir dans les allées du salon « beaucoup de sociétés françaises et italiennes proposer de l’ail noir », également obtenu par fermentation. Signe pour lui que les Européens adoptent le « mode coréen ».

Alors qu’une enquête du magazine Que Choisir révélait qu’un quart des additifs alimentaires autorisés en Europe étaient à bannir, en raison des « risques » pour la santé, le salon a aussi mis en évidence le besoin de transparence et d’information exprimé par les consommateurs. Renforcé par la condamnation des aliments « ultra-transformés » récemment exprimée par une commission d’enquête parlementaire. De plus en plus de consommateurs utilisent des applications sur smartphone, comme Yuka, pour scanner les étiquettes afin d’obtenir la liste des ingrédients, ou des informations sur l’origine. Un raz-de-marée auquel les industriels sont sommés de répondre. « Le défi va être pour une PME agroalimentaire au fin fond de la Creuse de rentrer dans cette nouvelle communication », prédit le directeur du Sial, Nicolas Trenteseaux.