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Bilan prévisionnel

Après un record historique, une dégringolade des exports de blé français


TNC le 08/07/2020 à 18:08
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Considérés comme la variable d'ajustement du bilan français, les exports de blé vers les pays tiers seront en fort recul au cours de la campagne 2020/21. (©Pixabay)

FranceAgriMer a dévoilé ce mercredi 8 juillet ses premiers bilans prévisionnels pour la campagne 2020/21, lors de sa conférence de presse suite au Conseil spécialisé « Grandes cultures-marchés céréaliers ». Alors que la campagne 2019/2020 s’est achevée sur un niveau d’exportations de blé tendre record, la campagne 2020/21 risque d’être bien différente. Les exports et les stocks de fin de campagne sont attendus en forte baisse.

Les moissons ont démarré en France, et les travaux sont même bien avancés par endroit. L’occasion pour FranceAgriMer de présenter ses premiers bilans prévisionnels pour la campagne 2020/2021, qui démarre tout juste. Alors que les premiers bilans sont habituellement dévoilés en septembre, le conseil spécialisé a validé une publication dès le mois de juillet cette année pour offrir une visibilité précoce aux acteurs de la filière.

« Le blé tendre a fait preuve d’une forte compétitivité au cours de la campagne 2019/20 et s’est affirmé sur la scène internationale », avance FranceAgriMer. Mais après une année record où les exports de blé français ont atteint 13,6 Mt vers les pays tiers, ils vont fondre au cours de la campagne 2020/21.

Sans surprise, compte tenu des conditions climatiques particulièrement difficiles depuis les semis, la production française de blé est attendue en forte baisse. Le SSP a annoncé hier une première prévision de production à 31,31 Mt (contre 39,55 Mt l’an dernier) et « les services de FranceAgriMer en région ont, quant à eux, estimé une collecte à 28,6 Mt », indique Marion Duval, adjointe au chef de l’unité grains et sucre de FranceAgriMer. 

Un contexte international incertain

Les prévisions d’exportations de grains se basent sur les disponibilités au bilan, mais aussi sur le contexte international, qui suscite actuellement de nombreuses interrogations. Marion Duval cite quelques exemples.

L’Algérie était la principale destination du blé français hors de l’Europe jusqu’à présent. Mais le pays est dans une situation difficile à cause de la crise du coronavirus qui a fortement diminué la consommation de pétrole dans le monde et donc amoindri les recettes du pays. « Même si les cours se sont repris au-dessus de 40 dollars le baril, on est encore assez loin des cours qui permettent au budget algérien d’équilibrer ses comptes, qui se situeraient plutôt autour de 50 dollars le baril », estime Marc Zribi, chef de l’unité grains de FranceAgriMer. L’Algérie risque-t-elle de diversifier son portefeuille de client pour acheter son blé le moins cher possible, en rendant son cahier des charges moins strict ?

Autres questions : la Chine sera-t-elle toujours présente aux achats pour du blé tendre meunier français ? Quelles seront les performances de l’Australie sur le marché international, alors que la production est attendue en hausse cette année après plusieurs années de sécheresse ? Comment évolueront les exports de blé baltiques, qui sont plutôt compétitifs en ce début de campagne par rapport au blé français ? Quelle performance réalisera la Roumanie, frappée par la sécheresse ? La liste est longue.  

« Un consensus a été établi, avec des exports vers pays tiers attendus à 7,75 Mt et des exports vers les autres pays de l’Union européenne à 7 Mt. Donc ce sont des chiffres évidemment en baisse par rapport à la campagne 2019/2020, qui avait été une campagne record. »

Utilisations domestiques en baisse

Les importations françaises de blé tendre devraient de leur côté s’élever à 300 000 t en 2020/21, contre 250 000 t réalisées durant la campagne précédente. Il s’agit d’« importations assez incompressibles, de type blé tendre bio, blé de force, etc. ».

Pour évaluer le poste des utilisations intérieures et ne pas biaiser les estimations avec la campagne 2019/2020 qui a été impactée par la crise du Covid-19, « la méthodologie utilisée consiste à reprendre les tendances structurelles de ces secteurs » pour la panification ainsi que la biscotterie, biscuiterie et pâtisseries industrielles, explique Marion Duval. La tendance structurelle étant baissière, alors FranceAgriMer s’est basé sur les chiffres de 2018/2019 pour établir ceux de 2020/2021. Les niveaux de consommation se situent « dans une sorte d’entre deux, entre les chiffres de 2018/2019 et 2019/2020 ». Une consommation de 2,7 Mt de blé est prévue par le secteur de la panification et de 1,18 Mt pour la biscotterie, biscuiterie et pâtisseries industrielles. Côté amidonnerie et alcools, « les tendances sont beaucoup plus difficiles à voir et donc le choix a été fait d’utiliser la moyenne olympique sur ces postes sur le bilan 2020/2021 ».

Le stock final pour la campagne 2020/21 est attendu en baisse de 12 % d’une année sur l’autre. (©FranceAgriMer)

Prévoir l’utilisation par les fabricants d’aliments du bétail (Fab) n’a pas non plus été une chose aisée, avec une réflexion qui s’est faite à un double niveau. Premier élément : le niveau de mise en œuvre blé tendre, orge et maïs pour la campagne 2020/2021, qui a été estimé à 9 Mt.  « Les opérateurs s’attendent à avoir une stabilité entre 2019/2020 et 2020/2021 et donc un impact Covid-19 qui se distribuerait entre les deux campagnes ».

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Le second élément à prendre en compte est la compétitivité relative des trois céréales au sein des rations. « La récolte de blé tendre est attendue en baisse d’une année sur l’autre, alors que la récolte de maïs mondiale est attendue pléthorique. Le cours du maïs devrait donc être plus compétitif dans la fabrication d’aliments du bétail. » Ce qui justifie une consommation de 4,4 Mt sur ce poste.

Au final, le stock de fin de campagne 2020/21 est évalué à 2,63 Mt, en baisse de 12 % par rapport à la campagne 2019/2020. Mais alors que le bilan français s’allège considérablement, le bilan mondial est lourd. Ce qui rend une quelconque envolée des prix assez incertaine et qui ne risque probablement pas de permettre aux producteurs de compenser leur faible récolte.

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