UE/Mercosur

Paris « pour l’instant pas prêt à ratifier » l’accord


AFP le 02/07/2019 à 14:54

Paris n'est « pour l'instant pas prêt à ratifier » l'accord de libre-échange trouvé entre l'Union européenne et les pays du Mercosur, a déclaré mardi la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, alors que le compromis conclu vendredi soir continue à susciter de nombreuses critiques en France et en Europe.

Comme lors des négociations dans le cadre de l’accord de libre échange Ceta entre l’UE et le Canada, la France demandera « des garanties » aux pays sud-américains du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), a assuré Mme Ndiaye sur BFMTV et RMC. « Moi je ne peux pas vous dire que nous allons aujourd’hui ratifier le Mercosur. On va le regarder dans le détail et en fonction de ce détail, nous allons décider. La France pour l’instant n’est pas prête à ratifier », a-t-elle ajouté.

Sur Europe 1, le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, a assuré que l’accord ne serait ratifié que si le Brésil respecte ses engagements, notamment en matière de lutte contre la déforestation en Amazonie. « La nouvelle Commission européenne et surtout la nouvelle majorité au Parlement européen aura à décortiquer cet accord avant de le ratifier », a-t-il insisté. Le président français Emmanuel Macron avait salué samedi la conclusion de ce vaste traité de libre-échange, tout en se disant « vigilant » sur sa mise en œuvre. Sibeth Ndiaye a fait valoir « la clause de sauvegarde » qui « permet de décider de stopper net les importations dans les filières fragiles (bovine et sucrière, NDLR) s’il y a une déstabilisation manifeste ».

« Faire traverser des océans à de la viande »

« Les cadres généraux de l’accord sont les bons cadres », a abondé le délégué général de LREM Stanislas Guerini sur Public Sénat, évoquant « des clauses rassurantes », tout en reconnaissant qu’il faudra « bien vérifier dans les faits que l’accord que nous ratifierons comprend bien ces clauses-là ». Un long parcours attend désormais le compromis de vendredi, qui va d’abord être traduit en véritable texte juridique, ce qui prendra plusieurs mois, avant d’être soumis à l’approbation des États membres dans le cadre du Conseil de l’UE, l’institution qui les représente. L’usage veut que l’unanimité soit nécessaire. L’UE pourra alors le signer officiellement, avant un vote du Parlement européen qui entraînera son entrée en vigueur provisoire. Le texte devra alors être approuvé dans chaque État membre, ce qui signifie qu’il passera dans la plupart des cas devant les parlements nationaux, avec débats politiques à la clé. Mais le vote des eurodéputés En Marche en faveur de l’accord « n’est pas acquis », a prévenu lundi l’eurodéputé Pascal Canfin, numéro deux sur la liste Renaissance (LREM/MoDem) aux élections européennes, après de premières critiques de ses collègues macronistes Jeremy Decerle et Pascal Durand. EELV et le Rassemblement national ont aussi fustigé le texte, et mardi, Les Républicains ont déploré « un mauvais accord » par la voix du député Guillaume Larrivé, qui a évoqué sur Radio Classique une « horreur écologique » doublée d’« une erreur économique, car cet accord va faire beaucoup de perdants ». Pour Ian Brossat, ex-tête de liste PCF aux européennes, ce dossier « pose une vraie question de société : est-ce que notre horizon c’est de faire traverser des océans à de la viande ? » Ceux qui, à l’instar d’Emmanuel Macron, font « de grandes déclarations pour l’environnement et dès le lendemain signent de nouveaux textes de libre échange » sont des « écologistes en peau de lapin », a-t-il critiqué sur RFI.