Conjoncture du machinisme agricole

Malgré la crise, les immatriculations de tracteurs agricoles progressent


Innovations et machinisme le 01/07/2016 à 07:25
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Si l’Euro de football ou le Brexit monopolisent l’actualité, la crise agricole n’est toujours pas résolue. Et pourtant, les immatriculations et donc les ventes de tracteurs agricoles neufs ont progressé de 26,4 % sur les cinq premiers mois de 2016 par rapport à la même période en 2015. Quelles sont les perspectives globales pour 2016 selon le Sedima, l’Axema et le Cema ?

D’après les derniers chiffres publiés par l’Axema, les immatriculations de tracteurs ont augmenté de 26,37 % sur les cinq premiers mois de 2016. Un paradoxe puisque la crise agricole n’est toujours pas résolue de manière structurelle.

En détaillant les chiffres, on se rend compte que ce sont les tracteurs de plus de 150 ch qui progressent le plus. Les modèles de 150 à 199 ch enregistrent une progression de 27,4 %. Pour les modèles de plus de 200, l’embellie est bien plus forte : + 64,4 % pour ceux de 200 à 249 ch et presque 69 % pour ceux de 250 à 299 ch. Par contre, elle est moins marquée pour les tracteurs de moins de 150 ch, qui représentent une grande partie du marché. Ainsi, les engins de 100 à 149 ch connaissent une augmentation de 17,6 % « seulement » et ceux de 50 à 99 ch de 11 %. Est-ce une conséquence de la loi Macron, qui a incité les agriculteurs à investir dans des tracteurs de forte puissance ? Est-ce lié à la baisse du prix du lait, qui a limité les investissements dans des tracteurs de 100 ch ?

Selon l’enquête biannuelle du Sedima, le moral des distributeurs est stable depuis septembre dernier. Pourtant, les commandes de matériels neufs et d’occasion ont diminué de 8 à 9 % au cours du premier semestre. Pour la première fois, les ventes de pièces et de prestations à l’atelier ont ralenti de 2 à 3 % pendant la même période. Les stocks, d’occasions récentes notamment, sont en hausse, réduisant la trésorerie et les marges de manœuvre des revendeurs. « Les actions commerciales sur les machines neuves vont certainement pâtir de l’effet goulot d’étranglement créé par l’important stock d’occasions », prévoit Raphaël Lucchessi, président du Sedima.

Selon le Cema (syndicat européen des constructeurs de machines agricoles), le moral des constructeurs européens, exprimé dans l’enquête « business climate », est en chute libre depuis janvier dernier. Dans le même esprit, certaines marques annoncent officieusement le gel des embauches et le non-renouvellement des contrats intérimaires : « Alors que la France se trouve à nouveau bien positionnée en termes de volume sur les marchés européens, les industriels français estiment que leur situation commerciale actuelle est particulièrement défavorable. Selon eux, la situation se dégrade continuellement depuis quatre mois », commente le Cema.

Pourtant, lors d’une conférence de presse en Hongrie, Bernard Krone, président du groupe éponyme, a annoncé une sortie de crise probable pour l’agroéquipement dès le milieu de l’année 2017. Certains secteurs se portent déjà mieux, comme la viticulture, les immatriculations de tracteurs viticoles ayant fait un bond de 43 % sur les premiers mois de 2016. Selon le Sedima, , l’activité reste bien orientée pour le 1er semestre, en dépit des incidents climatiques régionaux, grâce à une augmentation des commandes de matériels neufs de 9 à 10 %.

Avec des stocks élevés et la situation économique agricole incertaine, la trésorerie des distributeurs n’est pas au mieux. En outre, le Sedima prévoit une érosion des prises de commande durant l’année 2016 de de 9 % pour les machines neuves, de 6 % pour le matériel, les engins d’occasion et de 3 % pour les pièces. De son côté, l’Axema annonçait fin mars une année 2016 en baisse de 1,8 %.

Alors, positivons malgré la conjoncture ! Nous sommes à la croisée des chemins pour le marché des agroéquipements. Encore une fois, la qualité, la quantité et les prix des matières premières récoltées à la moisson orienteront le marché.