Industrie laitière

Les leaders laitiers français investissent en masse à l’étranger


TNC le 13/06/2019 à 14:15
Les investissements à l'étranger des principaux transformateurs laitiers français ont été davantage orientés vers la production de fromages. (©Fotolia)

Les investissements à l'étranger des principaux transformateurs laitiers français ont été davantage orientés vers la production de fromages. (©Fotolia)

Selon les chiffres du Cniel, présentés lors de la conférence annuelle sur les marchés mondiaux organisée par l’Institut de l’élevage, les industriels laitiers français ont poursuivi de manière soutenue leur développement à l’international. Après avoir beaucoup investi dans la valorisation des ingrédients secs, ces derniers misent davantage sur les fromages.

Alors que la première coopérative laitière française Sodiaal a repris, le 12 mars dernier, « l’activité de réception et de production de l’unité de séchage et le laboratoire » du chinois Synutra sur le site de Carhaix, les autres principaux transformateurs laitiers français – coopératifs ou privés – ont développé « de manière soutenue » leurs investissements hors de nos frontières. Et ce, malgré des chiffres d’affaires stables voire en diminution pour certains.

En Europe d’abord, Agrial a racheté la société allemande Rotkäppchen Peter Jülich Group, spécialisée dans les fromages de vache et de chèvre. Laitnaa, la coopérative de l’Aisne et des Ardennes, a acquis 3 % de la société belge Solarec. Lactalis, qui a racheté l’entreprise allemande Routhier (fabrication de feta en Grèce et distribution de fromages en Allemagne), poursuit lentement le rachat de Parmalat : avec un nouveau chèque de 328 M€ pour 6,18 % des parts, le numéro un mondial du lait détient désormais 95,81 % de l’entreprise italienne.

Lactalis investit aussi en Afrique. Le groupe a racheté Greenland, un groupe fromager égyptien, et l’activité de nutrition infantile de l’entreprise sud-africaine Aspen pour 830 M€. Pour sa part, Savencia, qui détenait déjà 42,5 % des parts, devient co-propriétaire à 50 % de la Société Compagnie fromagère, filiale du groupe tunisien Délice holding.

Des investissements sur tous les continents

Depuis début 2018, Lactalis et Savencia ont aussi renforcé leur présence en Amérique du Nord et en Amérique du Sud. Aux Etats-Unis, Lactalis a racheté Siggi’s, spécialiste des yaourts de type islandais, pour environ 300 M€. Savencia s’est emparé de Rogue Creamery, un fabricant de pâtes persillées. Au Brésil, Lactalis a investi dans une nouvelle ligne de lait UHT en bouteille. Savencia y a acheté une usine en cours de construction du groupe Calu. Au Québec, Bel construit une fromagerie à Sorel-Tracy. Lactalis a acquis la division canadienne de fromages « naturels » de Kraft Heinz pour plus d’un milliard d’euros !

Lactalis et Savencia ont aussi investi en Asie, notamment en Inde, aux Philippines ou en Malaisie. Savencia et Danone ont aussi construit et mis en service des usines en Russie.

Selon Benoît Rouyer, économiste au Cniel, qui a dressé un panorama non exhaustif de ces investissements lors de la conférence sur les marchés mondiaux du lait organisée par l’Institut de l’élevage, les entreprises s’orientent davantage vers des projets dans le domaine des fromages et, par conséquent, un peu moins vers des projets pour les ingrédients secs.

Une tendance qui vaut aussi pour les investissements en France. L’économiste a recensé une vingtaine de projets dans le domaine des fromages, pour un total avoisinant les 140 M€.

Selon les chiffres du Cniel, Nestlé a vu son chiffre d’affaires encore fortement diminuer en 2018, à 11,4 Mds€ en 2018 contre 12,1 Mds€ l’année précédente et 15,4 Mds€ en 2012. Ceux de Savencia, Bel, Eurial-Agrial et Lactalis sont restés stables – respectivement à 4,9 Mds€, 3,3 Mds€, 2,4 Mds€ et 18,5 Mds€.

Leurs concurrents étrangers ont vu eux aussi leur chiffre d’affaires stagner ou diminuer entre 2017 et 2018.