Salon de l'agriculture

Le monde paysan espère se réconcilier avec l’opinion publique


AFP le 18/02/2019 à 16:05

Des pratiques plus vertes, plus respectueuses des animaux : les agriculteurs français veulent profiter de leur salon annuel pour montrer ce qu'ils font de bien, espérant endiguer les attaques qui les visent et justifier une rémunération à la hauteur de leurs efforts.

La 56e édition du Salon international de l’agriculture (Sia), du 23 février au 3 mars, devrait accueillir selon ses organisateurs entre 650 000 et 700 000 visiteurs. L’année dernière, 672 000 personnes avaient arpenté les allées de la porte de Versailles à Paris.

Plus que jamais, le salon souhaite refléter une agriculture proche de la réalité que vivent une majorité d’agriculteurs : ils ne se reconnaissent pas dans un modèle ultra-intensif néfaste pour les hommes comme pour les animaux, ni dans une agriculture passéiste, mais pratiquent un modèle raisonné, majoritairement familial. « Nous trouvons que les critiques sont de plus en plus fréquentes et extrêmement blessantes, notamment sur les modes de production et les intrants (c’est-à-dire tout ce qu’on ajoute pour permettre la culture : engrais, azote, désherbant, etc.). Les agriculteurs ont vraiment des bleus au cœur. Ça pèse sur leur moral », regrette Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, premier syndicat agricole français. Pour elle, « il y a une énorme envie des agriculteurs de s’exprimer » et ils vont passer à une « communication offensive ». « Ensemble, arrêtons « l’agri-bashing », ce sera le thème de ma présence au salon », a aussi annoncé le ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, faisant référence au dénigrement systématique des pratiques agricoles.

Des manifestations d’organisations anti-viande ont déjà émaillé de précédents salons, et la France a connu ces derniers mois une multiplication d’actes de vandalisme contre des boucheries et commerces de bouche. Au-delà du bien-être animal, les critiques touchent l’utilisation de produits phytosanitaires dans les champs, comme l’herbicide controversé glyphosate qui focalise l’attention du grand public.

Le revenu au centre des inquiétudes

« Nous avons besoin d’expliquer aux Français comment on fait les choses », a expliqué le président du salon de l’agriculture, Jean-Luc Poulain. Pour lui, les agriculteurs « sont prêts » à signer des contrats où ils prennent des engagements « vis-à-vis de l’environnement, des demandes sociétales ». Mais « à condition que le paiement promis arrive en temps et en heure, car l’agriculture est une industrie très lourde en capitaux ; les virages se prennent mais pas à angle droit, plutôt sur une grande courbe de 10 à 20 ans ».

En parallèle du salon grand public porte de Versailles se tient justement cette année à Villepinte, dans le nord de Paris, un salon professionnel (Sima) dédié aux machines agricoles, où le numérique prend une place prépondérante. « C’est un peu comme en médecine : on est passé de l’auscultation avec les moyens du bord à des outils d’observation fine des cultures et des élevages à un niveau qu’on n’avait jamais connu, ce qui relance l’agronomie et permet par exemple de mettre la bonne dose d’intrant au bon endroit et au bon moment », explique à l’AFP Gilbert Grenier, conseiller technique du Sima.

Pour investir dans ce matériel de pointe, il faut toutefois la garantie d’un revenu décent et pas trop fluctuant. Tous les regards sont donc dirigés vers les négociations commerciales annuelles entre les grandes surfaces et leurs fournisseurs qui s’achèveront fin février, durant le Sia.

Ce sera l’occasion de voir si la loi Egalim, issue des travaux des États généraux de l’alimentation de 2017, permet réellement de relever les prix des produits agricoles. « De l’avis d’une partie significative des fournisseurs et producteurs (…) les négociations commerciales qui doivent s’achever à la fin du mois se déroulent dans un état d’esprit constructif et dans un climat apaisé », notamment dans le secteur laitier, ont assuré le ministre de l’agriculture Didier Guillaume et son homologue de l’économie Bruno Le Maire la semaine dernière. Un « optimisme béat » que ne partage pas la Confédération paysanne, syndicat apparenté à gauche, pour qui « aucun changement de mentalités n’est réellement observé sur les filières viande, fruits et légumes et céréales ».