Congrès de la Coordination rurale

L’appel du syndicat pour « repenser » l’Europe et la Pac


TNC le 07/12/2018 à 16:42
Jacques Carles, cofondateur du think tank Agriculture Stratégies, a livré une autre vision de la réforme de la Pac, en cours de négociation. (©TNC) 

Jacques Carles, cofondateur du think tank Agriculture Stratégies, a livré une autre vision de la réforme de la Pac, en cours de négociation. (©TNC) 

Lors de son 25e congrès le 6 décembre à Vannes, la Coordination rurale a longuement planché sur l’Europe, sa gouvernance et sa politique agricole. Avec un constat sans appel : « tout est à revoir ».

Au-delà des prochaines élections chambres d’agriculture, les adhérents de la Coordination rurale, réunis à Vannes, dans le Morbihan pour leur congrès annuel, se sont également intéressés à la prochaine réforme de la Pac et, plus globalement, à l’avenir de l’Europe. « Nous ne sommes pas contre l’Europe, mais nous ne voulons plus de cette Europe, ni de cette Pac complètement déréglée », a introduit leur président Bernard Lannes, jeudi 6 décembre.

La Coordination rurale s’inquiète de la baisse du budget alloué à l’agriculture et des possibilités de renationalisation qui planent sur la future mouture de la Pac. « Il faut garder un minimum de cohésion », a plaidé Véronique Le Floc’h, secrétaire générale du syndicat.

Pour y voir plus clair, la Coordination rurale a fait appel à Jacques Carles, président du think tank Agriculture Stratégies. Jacques Carles a dressé un constat peu glorieux de l’évolution de la Pac. « Depuis qu’une dimension environnementale y a été ajoutée, la Pac s’est révélée insuffisante. On ne peut pas faire deux choses avec le même outil », déplore le spécialiste. « Ce dont ont besoin les agriculteurs européens, ce sont des prix garantis et un revenu. Après, ils pourront s’intéresser à l’environnement, avec des politiques dédiées ».

Défendre l’exception agriculturelle

Sur les aides, Jacques Carles s’est montré critique tant sur leur forme que leur montant. « Pour 2020/2027 c’est une baisse de plus de 16 % du budget qui est annoncée, a-t-il dénoncé. On réduit le budget pour l’agriculture, qui est la seule véritable politique commune, pour financer des politiques bidons comme une défense sans armée ».

Et Jacques Carles de faire des propositions pour une Pac qui rééquilibrerait aussi bien le rapport de force entre les agriculteurs et la transformation, que l’offre et la demande pour des prix rémunérateurs. Cette Pac serait renforcée autour de la gestion des crises, avec une panoplie d’outils : aides contracycliques, retour de l’intervention et du stockage.

La transition environnementale ne serait pas oubliée avec des contrats incitatifs. « Il faut en finir avec le système punitif, a expliqué Jacques Carles, qui estime que les efforts de qualité faits par les producteurs européens mériteraient une prime de 75€/ha. « Nous avons testé nos propositions sur dix ans et on reste dans l’enveloppe actuelle mais avec une stabilisation du revenu des agriculteurs ».

En attendant que ses propositions fassent leur chemin auprès des décideurs bruxellois, le spécialiste exige de « reporter la réforme à la prochaine mandature pour ne pas avoir un accord a minima avant les élections » et défend une politique à part pour l’agriculture. « Tout ne peut pas être réglé par les marchés. Il faut une approche politique, l’exception agri-culturelle est la seule solution », a poursuivi Jacques Carles. Une proposition qui trouve un écho particulièrement favorable à la Coordination rurale. « L’agriculture n’est pas un secteur comme les autres, rappelle Véronique Le Floc’h. C’est un secteur stratégique et pourtant délaissé ».

Dans leurs récriminations contre l’Europe, les élus de la CR ont également trouvé une voix chez Jean Quatremer, journaliste spécialiste des questions européennes. « L’absence de gouvernance démocratique au niveau européen, l’impossibilité de comprendre qui décide et la technocratie favorisent le rejet de l’Europe par ses citoyens », a expliqué l’observateur. Et de poursuivre : « il faut garder l’Europe mais reconstruire sa gouvernance autour d’une réelle fédération avec des pouvoirs identifiés ».