Sia 2019

Au Salon de l’agriculture, les politiques font campagne à la ferme


AFP le 01/03/2019 à 06:20

Agneau dans les bras ou caressant les croupes des vaches entre deux tranches de saucisson, les politiques se sont encore bousculés cette semaine au Salon de l'agriculture. C'est un rendez-vous incontournable. Surtout à trois mois des élections européennes.

Chargé d’ouvrir les festivités samedi, le président Emmanuel Macron met d’entrée la barre très haut en passant 14 h 40, un record, dans les travées du salon parisien, épuisant plusieurs gardes du corps et chargés de communication.

« L’itinérance agricole » du chef de l’Etat, reparti avec un chevreau baptisé Désiré, prend des chemins de traverse, tellement il est interpellé sur tous les sujets, pension invalidité ou permis de conduire non régularisé. L’accueil est bienveillant et la visite apparaît comme une respiration après des semaines rudes face aux « gilets jaunes ».

Dans les jours qui suivent, les principaux dirigeants politiques s’engouffrent dans son sillage sous l’œil parfois désabusé des éleveurs qui ont en vu passer d’autres. Certains y retournent même plusieurs fois, à l’image d’Edouard Philippe qui se fend de quatre passages en trois jours.

À trois mois du scrutin européen du 26 mai, l’occasion de faire campagne ne se refuse pas. D’autant que la prochaine renégociation du budget de la Politique agricole commune (Pac) est l’un des dossiers sur la table.

Dans son discours d’ouverture Emmanuel Macron, dont le parti est en tête des sondages avec le Rassemblement national, appelle à la « souveraineté alimentaire, environnementale et industrielle » de l’Europe. Il « ment », fustige deux jours plus tard le patron des Républicains, Laurent Wauquiez. Il a été relayé jeudi par Marine Le Pen qui estime que Macron rime avec « chaos et la baisse des aides de la Pac ».

« C’est un acteur, non ? »

D’autres testent leur notoriété. La tête de liste RN, Jordan Bardella, pas forcément encore très rodé à l’exercice, observe sa patronne, Marine Le Pen, caresser les vaches, avant de l’imiter. Le Versaillais François-Xavier Bellamy s’appuie sur l’ex-ministre Christian Jacob, ancien exploitant agricole, pour le guider. « C’est un acteur non ? », s’interroge un visiteur au passage de la tête de liste LR, encore peu connu du grand public.

François Bayrou, qui ne manque jamais de rappeler ses origines paysannes, se considère parmi les siens. « D’ailleurs, je suis toujours gérant d’une exploitation », souligne le président du MoDem auprès d’un agriculteur devant des Charolaises, avant de se resservir de petits cubes de fromage de brebis Ossau-Iraty.

À un stand de brasseurs, la délégation MoDem tombe sur celle du parti Agir, emmenée par le ministre de la culture, Franck Riester. « La gastronomie, c’est de la culture ! », justifie celui-ci. Les deux formations doivent participer à la « liste centrale » autour de LREM : devant une bière, la rencontre prend des airs de quasi-fiançailles.

Comme pour les européennes, la gauche avance en ordre dispersé, les Insoumis clôturant la marche jeudi. Sauf lorsque Benoît Hamon, chef de file de Générations, se retrouve nez à nez avec Olivier Faure, patron du PS, au stand Interbev (interprofession bovine et viande). Les deux hommes ne s’éviteront pas. « On est anciens colocataires, je connais tout de lui, il connaît tout de moi ! », plaisante Hamon, dont la venue en quasi-solitaire tranche avec les cinq lieutenants qui entourent Olivier Faure.

Gonflé à bloc par les sondages, Yannick Jadot, la tête de liste d’EELV, ne cache pas qu’il vise haut aux européennes. Quand le directeur de l’Agence bio, Florent Guhl, se félicite d’avoir atteint le 10 % de cultures bio, il s’exclame : « Et nous on veut 15 % dans trois mois ! ».

Pour son dernier passage de la semaine, le programme d’Edouard Philippe est une nouvelle fois dense : hommage à la vache « Imminence », mascotte du salon, un saut chez les Normands, une visite aux fromagers, un arrêt chez les céréaliers, et un calva, une bière, puis deux, puis trois..